De la préparation des eaux d'où tu tireras l'Eau-de-vie
Prends deux litres de vitriol romain, deux livres de salpêtre, une livre d'alun
calciné. Écrase bien, mélange parfaitement, mets dans un alambic en verre, distille l'eau
selon les règles ordinaires, en fermant bien les jointures, de peur que les esprits
ne s'échappent. Commence par un feu doux, puis chauffe plus fortement ; chauffe ensuite
avec du bois jusqu'à ce que l'appareil devienne blanc, de telle sorte que tous les esprits
distillent. Alors cesse le feu, laisse le fourneau refroidir ; met soigneusement cette eau
de côté, car c'est le dissolvant de la Lune ; conserve-la pour l'Œuvre, elle dissout
l'argent et le sépare de l'or. Elle calcine le Mercure et le crocus de Mars ;
elle communique à la peau de l'homme une coloration brune qui s'en va difficilement.
C'est l'eau prime des Philosophes, elle est parfaite au premier degré. Tu prépareras trois
livres de cette eau.
Eau seconde préparée par le sel ammoniac
Au nom du Seigneur, prends une livre d'eau prime et y dissous quatre lots de sel ammoniac
pur et incolore ; la dissolution faite, l'eau a changé de couleur, elle a acquis d'autres
propriétés. L'eau prime était verdâtre, elle dissolvait la Lune sans action sur le Soleil ;
mais dès qu'on lui ajoute du sel ammoniac, elle prend une couleur jaune, elle dissout l'or,
le mercure, le Soufre sublimé et communique une forte coloration jaune à la peau de l'homme.
Conserve précieusement cette eau, car elle nous servira dans la suite.
Eau tierce préparée au moyen du Mercure sublimé
Prends une livre d'eau seconde et onze lots de Mercure sublimé — par le vitriol romain
et le sel — bien préparé et bien pur. Tu verseras peu à peu le Mercure dans l'eau seconde.
Puis tu scelleras l'orifice de la fiole, de peur que l'esprit du Mercure ne s'échappe.
Tu placeras la fiole sur des cendres tièdes, l'eau commencera aussitôt à agir
sur le Mercure, le dissolvant et se l'incorporant. Tu laisseras la fiole sur les cendres
chaudes, il ne devra pas rester un excès d'eau et il faudra que le Mercure sublimé
se dissolve entièrement. L'eau agit par imbibition sur le Mercure jusqu'à ce qu'elle l'ait
dissous.
Si l'eau n'a pu dissoudre tout le mercure, tu prendras ce qui reste au fond de la fiole,
tu le dessécheras à feu lent, tu pulvériseras et tu le dissoudras dans une nouvelle
quantité d'eau seconde. Tu recommenceras cette opération jusqu'à ce que tout le mercure
sublimé se soit dissous dans l'eau. Tu réuniras en une seule toutes ces solutions,
dans un vase de verre, bien propre, dont tu fermeras parfaitement l'orifice
avec de la cire. Mets soigneusement de côté. Car c'est là notre eau tierce, philosophique,
épaisse, parfaite au troisième degré. C'est la mère de l'Eau-de-vie qui réduit
tous les corps en leur matière première.
Eau quarte qui réduit les corps calcinés en leur matière première
Prends de l'eau tierce mercurique, parfaite au troisième degré, limpide, et mets-la
putréfier dans le ventre du cheval en une fiole à long col, propre, bien fermée,
pendant quatorze jours.
Laisse fermenter, les impuretés tombent au fond et l'eau passe du jaune au roux.
À ce moment tu retireras la fiole et tu la mettras sur des cendres à un feu très doux,
adaptes-y un chapiteau d'alambic avec son récipient. Commence la distillation lentement.
Ce qui passe goutte à goutte est notre Eau-de-vie très limpide, pure, pesante, Lait
virginal, Vinaigre très aigre. Continue le feu doucement jusqu'à ce que toute l'Eau-de-vie
ait distillé tranquillement ; cesse alors le feu, laisse le fourneau se refroidir
et conserve avec soin ton eau distillée. C'est là notre Eau-de-vie, Vinaigre
des Philosophes, Lait virginal qui réduit les corps en leur matière première. On lui a
donné une infinité de noms.
Voici les propriétés de cette eau : une goutte déposée sur une lame de cuivre chaude
la pénètre aussitôt et y laisse une tache blanche. Jetée sur des charbons, elle émet
de la fumée ; à l'air elle se congèle et ressemble à de la glace. Quand on distille
cette eau, les gouttes ne passent pas en suivant toutes le même chemin, mais
les unes passent ici, les autres là. Elle n'agit pas sur les métaux comme l'eau forte,
corrosive, qui les dissout, mais elle réduit en Mercure tous les corps qu'elle baigne,
ainsi que tu le verras plus loin.
Après la putréfaction, la distillation, la clarification, elle est pure et plus parfaite,
débarrassée de tout principe sulfureux igné et corrosif. Ce n'est pas une eau qui ronge,
elle ne dissout pas les corps, elle les réduit en Mercure. Elle doit cette propriété
au Mercure primitivement dissous et putréfié au troisième degré de la perfection.
Elle ne contient plus ni fèces ni impuretés terreuses. La dernière distillation
les a séparées, les impuretés noires sont restées au fond de l'alambic. La couleur
de cette eau est bleue, limpide, rousse ; mets-la de côté. Car elle réduit tous les corps
calcinés et pourris en leur matière première radicale ou mercurielle.
Lorsque tu voudras avec cette eau réduire les corps calcinés, prépare ainsi les corps.
Prends un marc du corps que tu voudras, Soleil ou Lune ; lime-le doucement. Pulvérise bien
cette limaille sur une pierre avec du sel commun préparé. Sépare le sel en le dissolvant
dans l'eau chaude ; la chaux pulvérisée retombera au fond du liquide ; décante. Sèche
la chaux, imbibe-la trois fois d'huile de tartre, en laissant chaque fois la chaux absorber
toute l'huile ; mets ensuite la chaux dans une petite fiole ; verse par-dessus l'huile
de tartre, de façon que le liquide ait une épaisseur de deux doigts, ferme alors la fiole,
mets-la putréfier au ventre du cheval pendant huit jours ; puis prends la fiole, décante
l'huile et dessèche la chaux. Ceci fait, mets la chaux dans un poids égal
de notre Eau-de-vie ; ferme la fiole et laisse digérer à un feu très doux jusqu'à ce que
toute la chaux soit convertie en Mercure. Décante alors l'eau avec précaution, recueille
le Mercure corporel, mets-le en un vase de verre ; purifie-le avec de l'eau et du sel
commun, dessèche selon les règles, mets-en dans un linge fin et exprime-le en gouttelettes.
S'il passe tout entier, c'est bien. S'il reste quelque portion du corps amalgamé, venant
de ce que la dissolution n'a pas été complète, mets ce résidu avec une nouvelle quantité
d'eau bénite. Sache que la distillation de l'eau doit se faire au bain-marie ; pour l'air
et le feu, on distillera sur les cendres chaudes. L'eau doit être tirée de la substance
humide et non d'ailleurs ; l'air et le feu doivent être extraits de la substance sèche
et non d'une autre.
Propriétés de ce Mercure
Il est moins mobile, il court moins vite que l'autre mercure ; il laisse des traces
de son corps fixe au feu ; une goutte placée sur une lame chauffée au rouge laisse
un résidu.
Multiplication du Mercure philosophique
Lorsque tu auras ton Mercure philosophique, prends-en deux parties et une partie
de la limaille mentionnée plus haut ; fais un amalgame en broyant le tout ensemble
jusqu'à union parfaite. Mets cet amalgame dans une fiole, ferme bien l'orifice et place
sur les cendres à un feu tempéré. Tout se résoudra en Mercure. Tu pourras ainsi l'augmenter
à l'infini, car la somme de volatil dépassant toujours la somme de fixe, l'augmente
indéfiniment en lui communiquant sa propre nature et il y en aura toujours assez.
Maintenant tu sais préparer l'Eau-de-vie, tu en connais les degrés et les propriétés,
tu connais la putréfaction des corps métalliques, leur réduction à la matière première,
la multiplication de la matière à l'infini. Je t'ai expliqué clairement ce que tous
les Philosophes ont caché avec soin.
Pratique du Mercure des sages
Ce n'est pas le mercure du vulgaire, c'est la matière première des Philosophes.
C'est un élément aqueux, froid, humide, c'est une eau permanente, c'est l'esprit du corps,
vapeur grasse, Eau bénite, Eau forte, Eau des sages, Vinaigre des Philosophes, Eau minérale,
Rosée de la grâce céleste ; il a bien d'autres noms encore, et bien qu'ils soient
différents, ils désignent tous une seule et même chose qui est le Mercure des Philosophes ;
il est la force de l'alchimie ; seul il peut servir à faire la teinture blanche et la rouge,
etc.
Prends donc au noms de Jésus-Christ, notre Mercure vénérable, Eau des Philosophes,
Hylè primitive des sages ; c'est la Pierre qu'on t'a découverte dans ce traité, c'est
la matière première du corps parfait, comme tu l'as deviné. Mets ta matière
dans un fourneau, en un vaisseau propre, clair, transparent, rond, dont tu scelleras
hermétiquement l'orifice, de sorte que rien ne puisse s'échapper. Ta matière sera placée
sur un lit bien aplani, légèrement chaud ; tu l'y laisseras un mois philosophique ;
tu maintiendras la chaleur égale, tant que la sueur de la matière se sublimera,
jusqu'à ce qu'elle ne sue plus, que rien ne monte, que rien ne descende, qu'elle commence
à pourrir, à suffoquer, à se coaguler et à se fixer, par suite de la constance du feu.
Il ne s'élèvera plus de substance aérienne fumeuse, notre Mercure restera au fond, sec,
dépouillé de son humidité, pourri, coagulé, changé en une terre noire, qu'on appelle Tête
noire du corbeau, élément sec terreux.
Quand tu auras fait cela, tu auras accompli la véritable sublimation des Philosophes,
pendant laquelle tu as parcouru tous les degrés précités : sublimation du Mercure,
distillation, coagulation, putréfaction, calcination, fixation, dans un seul vaisseau
et un seul fourneau comme il a été dit.
En effet quand notre Pierre est dans son vaisseau, et qu'elle s'élève, on dit alors
qu'il y a sublimation ou ascension. Mais quand ensuite elle retombe au fond, on dit
qu'il y a distillation ou précipitation. Puis lorsqu'après la sublimation
et la distillation, notre Pierre commence à pourrir et à se coaguler, c'est la putréfaction
et la coagulation ; finalement quand elle se calcine et se fixe par privation
de son humidité radicale aqueuse, c'est la calcination et la fixation ; tout cela se fait
par le seul acte de chauffer, en un seul fourneau, en un seul vaisseau, comme il a été dit.
Cette sublimation constitue une véritable séparation des éléments, d'après les Philosophes :
Le travail de notre Pierre ne consiste qu'en la séparation et conjonction
des éléments ; car dans notre sublimation l'élément aqueux froid et humide se change
en élément terreux sec et chaud. Il s'ensuit que la séparation des éléments de notre Pierre
n'est pas vulgaire mais philosophique ; notre seule sublimation très parfaite suffit
en effet à séparer les éléments ; dans notre Pierre il n'y a que la forme de deux éléments,
l'eau et la terre, qui contiennent virtuellement les deux autres. La Terre renferme
virtuellement le Feu, à cause de sa sécheresse ; l'Eau renferme virtuellement l'Air
à cause de son humidité. Il est donc bien évident que si notre Pierre n'a en elle
que la forme de deux éléments elle les renferme virtuellement tous les quatre.
Aussi un Philosophe a-t-il dit : Il n'y a pas de séparation des quatre éléments
dans notre Pierre comme le pensent les imbéciles. Notre nature renferme un arcane
très caché dont on voit la force et la puissance, la terre et l'eau. Elle renferme
deux autres éléments, l'air et le feu, mais ils ne sont ni visibles, ni tangibles,
on ne peut les représenter, rien ne les décèle, on ignore leur puissance
qui ne se manifeste que dans les deux autres éléments, terre et eau, lorsque le feu change
les couleurs pendant la cuisson.
Voici que par la grâce de Dieu, tu as le second composant de la Pierre philosophale,
qui est la Terre noire, Tête de corbeau, mère, cœur, racine des autres couleurs.
De cette terre comme d'un tronc, tout le reste prend naissance. Cet élément terreux, sec,
a reçu dans les livres des Philosophes un grand nombre de noms, on l'appelle encore Laton
immonde, résidu noir, Airain des Philosophes, Nummus, Soufre noir, mâle, époux, etc.
Malgré cette infinie variété de noms, ce n'est jamais qu'une seule et même chose, tirée
d'une seule matière.
À la suite de cette privation d'humidité, causée par la sublimation philosophique,
le volatil est devenu fixe, le mou dur, l'aqueux est devenu terreux, selon Geber.
C'est la métamorphose de la nature, le changement de l'eau en feu, selon la Tourbe.
C'est encore le changement des constitutions froides et humides en constitutions bilieuses,
sèches, selon les médecins. Aristote dit que l'esprit a pris un corps, et Alphidius
que le liquide est devenu visqueux. L'occulte est devenu manifeste, dit Rudianus
dans le Livre des trois paroles. L'on comprend maintenant les Philosophes
quand ils disent : Notre Grand-Œuvre n'est autre qu'une permutation des natures,
une évolution des éléments. Il est bien évident que par cette privation d'humidité
nous rendons la pierre sèche, le volatile fixe, l'esprit devient corporel, le liquide
devient solide, le feu se change en eau, l'air en terre. Nous avons ainsi changé les vraies
natures suivant un certain ordre, nous avons fait tourner les quatre éléments en cercle,
nous avons permuté leurs natures. Que Dieu soit éternellement béni ! Amen.
Passons maintenant avec la permission de Dieu à la seconde opération qui est le blanchiment
de notre terre pure. Prends donc deux parties de terre fixe ou Tête de corbeau ; broie-la
subtilement et avec précaution en un mortier excessivement propre, ajoutes-y une partie
de l'Eau philosophique que tu sais — c'est l'eau que tu as mise de côté. Applique-toi
à les unir, en imbibant peu à peu d'eau la terre sèche, jusqu'à ce qu'elle ait étanché
sa soif ; broie et mélange si bien, que l'union du corps, de l'âme et de l'eau soit
parfaite et intime. Ceci fait, tu mettras le tout dans un matras scellé hermétiquement
pour que rien ne s'échappe, et tu le placeras sur son petit lit uni, tiède, toujours chaud
pour qu'en suant il débarrasse ses entrailles du liquide qu'il a bu. Tu l'y laisseras
huit jours, jusqu'à ce que la terre blanchisse en partie. Tu prendras alors la Pierre,
tu la pulvériseras, tu l'imbiberas de nouveau de Lait virginal, en remuant,
jusqu'à ce qu'elle ait étanché sa soif ; tu la remettras dans la fiole sur son petit lit
tiède pour qu'elle se dessèche en suant, comme ci-dessus. Tu recommenceras quatre fois
cette opération en suivant le même ordre : imbibition de la terre par l'eau jusqu'à union
parfaite, dessiccation, calcination. Tu auras ainsi suffisamment cuit la terre
de notre Pierre très précieuse. En suivant cet ordre : cuisson, pulvérisation, imbibition
par l'eau, dessiccation, calcination, tu as suffisamment purifié la Tête de corbeau,
la terre noire et fétide, tu l'as conduite à la blancheur par la puissance du feu,
de la chaleur et de l'Eau blanchissante. Recueille ta terre blanche et mets-la soigneusement
de côté, car c'est un bien précieux, c'est la Terre foliée blanche, Soufre blanc, Magnésie
blanche, etc. Morien parle d'elle lorsqu'il dit : Mettez pourrir cette terre
avec son eau, pour qu'elle se purifie et avec l'aide de Dieu vous terminerez le Magistère.
Hermès dit de même que l'Azoth lave le Laton et lui enlève toutes ses impuretés.
Dans cette dernière opération nous avons reproduit la véritable conjonction des éléments,
car l'eau s'est unie à la terre, l'air au feu. C'est l'union de l'homme et de la femme,
du mâle et de la femelle, de l'or et l'argent, du Soufre sec et de l'Eau céleste impure.
Il y a eu aussi résurrection des corps morts. C'est pourquoi le Philosophe a dit :
Que ceux qui ne savent pas tuer et ressusciter abandonnent l'art et ailleurs
Ceux qui savent tuer et ressusciter profiteront dans notre science. Celui-là sera
le Prince de l'Art qui saura faire ces deux choses. Un autre philosophe a dit :
Notre Terre sèche ne portera aucun fruit, si elle n'est profondément imbibée
de son Eau de pluie. Notre Terre sèche a une grande soif, lorsqu'elle a commencé à boire,
elle boit jusqu'à la lie. Un autre a dit : Notre Terre boit l'eau fécondante
qu'elle attendait, elle étanche sa soif, puis elle produit des centaines de fruits.
On trouve bien d'autres passages semblables dans les livres de Philosophes, mais ils sont
sous forme de parabole, pour que les méchants ne puissent les entendre. Par la grâce
de Dieu, tu possèdes maintenant notre Terre blanche foliée toute prête à subir
la fermentation, qui lui donnera le souffle. Aussi le Philosophe a dit : Blanchissez
la terre noire avant de lui adjoindre le ferment. Un autre a dit : Semez
votre or dans la Terre foliée blanche... et elle vous donnera du fruit au centuple.
Gloire à Dieu. Amen.
Passons à la troisième opération qui est la fermentation de la Terre blanche. Il nous faut
animer le corps mort et le ressusciter, pour multiplier sa puissance à l'infini,
et le faire passer à l'état d'Élixir parfait blanc qui change le Mercure en Lune parfaite
et véritable. Remarque que le ferment ne peut pénétrer le corps mort que
par l'intermédiaire de l'eau qui fait le mariage et sert de lien entre la Terre blanche
et le ferment. C'est pourquoi dans toute fermentation, il faut noter le poids
de chaque chose. Si donc tu veux mettre fermenter la Terre foliée blanche pour la changer
en Élixir blanc renfermant un excès de teinture, il te faut prendre trois parties de Terre
blanche ou Corps mort folié, deux parties de l'Eau-de-vie que tu as mise en réserve
et une partie et demie de ferment. Prépare le ferment de telle sorte qu'il soit réduit
en une chaux blanche ténue et fixe si tu veux faire l'Élixir blanc. Si tu veux faire
l'Élixir rouge, sers-toi de chaux d'or très jaune, préparée selon l'art. Il n'y a pas
d'autres ferments que ceux-là. Le ferment de l'argent est l'argent, le ferment de l'or est
l'or, ne cherche donc pas ailleurs. La raison est que ces deux corps sont lumineux,
ils renferment des rayons éclatants qui communiquent aux autres corps la vraie rougeur
et blancheur. Ils sont d'une nature semblable à celle du Soufre le plus pur de la matière,
de l'espèce des pierres. Extrait donc chaque espèce de son espèce, chaque genre
de son genre. L'œuvre au blanc a pour but de blanchir, l'œuvre au rouge de rougir.
Ne mêle surtout les deux Œuvres, sinon tu ne feras rien de bon.
Tous les Philosophes disent que notre Pierre se compose de trois choses : le corps,
l'esprit et l'âme. Or, la terre blanche foliée c'est le corps, le ferment c'est l'âme
qui lui donne la vie, l'eau intermédiaire c'est l'esprit. Réunis ces trois choses en une
par le mariage, en les broyant bien sur une pierre propre, de façon à les unir
dans leurs plus infimes particules, à en former un chaos confus. Quand tu auras fait
un seul corps du tout, tu le mettras doucement dans une fiole spéciale, que tu placeras
sur son lit chaud, pour que le mélange se coagule, se fixe et devienne blanc. Tu prendras
cette pierre blanche bénite, tu la broieras subtilement sur une pierre bien propre,
tu l'imbiberas avec un tiers de son poids d'eau pour abaisser sa soif. Tu la remettras
ensuite dans la fiole claire et propre sur son lit tiède et chaud pour qu'elle commence
à suer, à rendre son eau et finalement tu laisseras ses entrailles se dessécher. Recommence
plusieurs fois jusqu'à ce que tu aies préparé par ce procédé notre très excellente Pierre
blanche, fixe, qui pénètre les plus petites parties des corps très rapidement, coulant
comme l'eau fixe quand on la met sur le feu, changeant les corps imparfaits en argent
véritable, comparable en tout à l'argent naturel. Remarque que si tu recommences
plusieurs fois toutes ces opérations dans le même ordre : dissoudre, coaguler, broyer,
cuire, ta Médecine sera d'autant meilleure, son excellence augmenteras de plus en plus.
Plus tu travailleras ta Pierre pour en augmenter la vertu, et plus tu auras de rendement
lorsque tu feras la projection sur les corps imparfaits. En sorte qu'après une opération
une partie de l'Élixir change cent parties de n'importe quel corps en Lune,
après deux opérations mille, après trois dix mille, après quatre cent mille, après cinq
un million, après six opérations des milliers de mille et ainsi de suite à l'infini.
Aussi les adeptes louent-ils tous la grande maxime des Philosophes sur la persévérance
à recommencer cette opération. Si une imbibition avait suffit, ils n'auraient pas tant
discouru sur ce sujet. Grâces soit rendues à Dieu. Amen.
Si tu désires changer cette Pierre glorieuse, ce Roi blanc qui transmue et teint
le Mercure et tous les corps imparfaits en vraie Lune, si tu désires, dis-je, la changer
en Pierre rouge qui transmue et teigne le Mercure, la Lune et les autres métaux en vrai
Soleil, opère ainsi. Prends la Pierre blanche et divise-la en deux parties ; tu augmenteras
l'une à l'état d'Élixir blanc avec son Eau blanche, comme il a été dit plus haut, en sorte
que tu en auras indéfiniment. Tu mettras l'autre dans le nouveau lit des Philosophes, net,
propre, transparent, sphérique, et tu placeras le tout dans le fourneau de digestion.
Tu augmenteras le feu jusqu'à ce que par sa force et sa puissance la matière soit changée
en une pierre très rouge, que les Philosophes appellent Sang, Or pourpre, Corail rouge,
Soufre rouge. Lorsque tu verras cette couleur telle que le rouge soit aussi brillant
que du crocus sec calciné, alors prends joyeusement le Roi, mets-le précieusement de côté.
Si tu veux le changer en teinture du très puissant Élixir rouge, transmuant et teignant
le Mercure, la Lune et tout autre métal imparfait en Soleil très véritable, mets-en
fermenter trois parties avec une partie et demie d'or très pur à l'état de chaux tenue
et bien jaune, et deux parties d'Eau solidifiée. Fais-en un mélange parfait
selon les règles de l'Art, jusqu'à ne plus rien distinguer des composants. Remets
dans la fiole sur un feu qui mûrisse, pour lui donner la perfection. Dès qu'apparaîtra
la vraie Pierre sanguine rouge, tu ajouteras graduellement de l'Eau solide.
Tu augmenteras peu à peu le feu de digestion. Tu accroîtras sa perfection en recommençant
l'opération. Il faut chaque fois ajouter de l'Eau solide — que tu as gardée — qui convient
à sa nature ; elle multiplie sa puissance à l'infini, sans rien changer à son essence.
Une partie d'Élixir parfait au premier degré projetée sur cent parties de Mercure — lavé
avec du vinaigre et du sel, comme tu dois le savoir — placée dans un creuset à petit feu,
jusqu'à ce que des fumées apparaissent, les transmue aussitôt en véritable Soleil meilleur
que le naturel. De même en remplaçant le Mercure par la Lune.
Pour chaque degré de perfection en plus de l'Élixir, c'est la même chose que
pour l'Élixir blanc, jusqu'à ce qu'il teigne enfin en Soleil des quantités infinies
de Mercure et de Lune. Tu possèdes maintenant un précieux arcane, un trésor infini.
C'est pourquoi les Philosophes disent : Notre Pierre a trois couleurs,
elle est noire au commencement, blanche au milieu, rouge à la fin. Un Philosophe a dit :
La chaleur agissant d'abord sur l'humide engendre la noirceur, son action sur le sec
engendre la blancheur et sur la blancheur la rougeur. Car la blancheur n'est autre que
la privation complète de noirceur. Le blanc fortement condensé par la force du feu engendre
le rouge. Vous tous chercheur qui travaillez l'Art, a dit un autre sage, lorsque vous verrez
apparaître le blanc dans le vaisseau, sachez que le rouge est caché dans ce blanc.
Il vous faut l'en extraire et pour cela chauffer fortement jusqu'à l'apparition du rouge.
Maintenant rendons grâce à Dieu sublime et glorieux Souverain de la Nature, qui a créé
cette substance et lui a donné une propriété qui ne se retrouve dans aucun autre corps.
C'est elle qui, mise sur le feu, engage le combat avec celui-ci et lui résiste vaillamment.
Tous les autres corps s'enfuient ou sont exterminés par le feu. Recueillez mes paroles,
notez combien elles renferment de mystères, car dans ce court traité, j'ai rassemblé
et expliqué ce qu'il y a de plus secret dans l'Alchimie ; tout y est dit simplement
et clairement, je n'ai rien omis, tout s'y trouve brièvement indiqué, et je prends Dieu
à témoin que dans les livres de Philosophes, on ne peut rien trouver de meilleur
que ce que je vous ai dit. Aussi je t'en prie, ne confie ce traité à personne,
ne le laisse pas tomber entre des mains impies, car il renferme les secrets des Philosophes
de tous les siècles. Une telle quantité de perles précieuses ne doit pas être jetée
aux pourceaux et aux indignes. Si cependant cela arrivait, je prie alors Dieu tout puissant
que tu ne parviennes jamais à terminer cet Œuvre divin.
Béni soit Dieu, un en trois personnes.
Amen.
