Un autre livre existe encore ; mais celui-là bien qu'il soit en quelque sorte
populaire et qu'on puisse le trouver partout, est le plus occulte et le plus inconnu
de tous, parce qu'il contient la clef de tous les autres ; il est dans la publicité
sans être connu du public ; on ne s'avise pas de le trouver où il est, et l'on perdrait
mille fois son temps à le chercher où il n'est pas si l'on en soupçonnait l'existence.
Ce livre, plus ancien peut-être que celui d'Hénoch, n'a jamais été traduit, et il est écrit
encore tout entier en caractères primitifs et sur des pages détachées comme les tablettes
des anciens. Un savant distingué en a révélé, sans qu'on l'ait remarqué, non pas
précisément le secret, mais l'antiquité et la conservation singulière ; un autre savant,
mais d'un esprit plus fantastique que judicieux, a passé trente ans à étudier ce livre,
et en a seulement soupçonné toute l'importance. C'est, en effet, un ouvrage monumental
et singulier, simple et fort comme l'architecture des pyramides, durable par conséquent
comme elles ; livre qui résume toutes les sciences, et dont les combinaisons infinies
peuvent résoudre tous les problèmes ; livre qui parle en faisant penser ; inspirateur
et régulateur de toutes les conceptions possibles ; le chef-d'œuvre peut-être
de l'esprit humain, et à coup sûr l'une des plus belles choses que nous ait laissées
l'Antiquité ; clavicule universelle, dont le nom n'a été compris et expliqué
que par le savant illuminé Guillaume Postel ; texte unique, dont les premiers caractères
seulement ont ravi en extase l'esprit religieux de Saint-Martin, et eussent rendu
la raison au sublime et infortuné Swedenborg.