Viamenta | LYCOS |
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Il n'y a pas de monde invisible, il y a seulement plusieurs degrés de perfection dans les organes. Le corps est la représentation grossière et comme l'écorce passagère de l'âme. L'âme peut percevoir par elle-même, et sans l'entremise des organes corporels, au moyen de sa sensibilité et de son diaphane, les choses, soit spirituelles, soit corporelles, qui existent dans l'univers. Spirituel et corporel sont des mots qui expriment seulement les degrés de ténuité ou de densité de la substance. Ce qu'on appelle en nous l'imagination n'est que la propriété inhérente à notre âme de s'assimiler les images et les reflets contenus dans la lumière vivante, qui est le grand agent magnétique. Ces images et ces reflets sont des révélations quand la science intervient pour nous en révéler le corps ou la lumière. L'homme de génie diffère du rêveur et du fou en cela seulement que ses créations sont analogues à la vérité, tandis que celles des rêveurs et des fous sont des reflets perdus et des images égarées. Ainsi, pour le sage, imaginer, c'est voir, comme, pour le magicien, parler, c'est créer. On peut donc voir réellement et en vérité les démons, les âmes, etc., au moyen de l'imagination ; mais l'imagination de l'adepte est diaphane, tandis que celle du vulgaire est opaque ; la lumière de la vérité traverse l'une comme une fenêtre splendide, et se réfracte dans l'autre comme dans une masse vitreuse pleine de scories et de corps étrangers. Ce qui contribue le plus aux erreurs du vulgaire et aux extravagances de la folie, ce sont les reflets des imaginations dépravées les unes dans les autres. Mais le voyant sait de science certaine que les choses imaginées par lui sont vraies, et l'expérience confirme toujours ses visions. Nous disons dans le Rituel par quels moyens on acquiert cette lucidité. C'est au moyen de cette lumière que les visionnaires statiques se mettent en communication avec tous les mondes, comme cela arrivait si fréquemment à Emmanuel Swedenborg, qui pourtant n'était pas parfaitement lucide, puisqu'il ne discernait pas les reflets des rayons, et mêlait souvent des rêves à ses plus admirables songes. Nous disons songes parce que le songe est le résultat d'une extase naturelle et périodique qu'on appelle sommeil. Être en extase, c'est dormir ; le somnambulisme magnétique est une reproduction et une direction de l'extase. Les erreurs dans le somnambulisme sont occasionnées par les reflets du diaphane des personnes éveillées, et surtout du magnétiseur. Le songe est la vision produite par la réfraction d'un rayon de vérité ; le rêve est l'hallucination occasionnée par un reflet. La tentation de saint Antoine, avec ses cauchemars et ses monstres, représente la confusion des reflets avec les rayons directs. Tant que l'âme lutte, elle est raisonnable ; lorsqu'elle succombe à cette sorte d'ivresse envahissante, elle est folle. Démêler le rayon direct et le séparer du reflet, telle est l'œuvre de l'initié. Maintenant disons hautement que cette œuvre s'est toujours accomplie par quelques hommes d'élite dans le monde ; que la révélation par intuition est ainsi permanente, et qu'il n'y a pas de barrière infranchissable qui sépare les âmes, puisqu'il n'y a dans la nature ni brusque interruption ni murailles abruptes qui puissent séparer les esprits. Tout est transition et nuances, et, si l'on suppose la perfectibilité, sinon infinie, du moins indéfinie, des facultés humaines, on verra que tout homme peut arriver à tout voir, et par conséquent à tout savoir, du moins dans un cercle qu'il peut indéfiniment élargir. Il n'y a pas de vide dans la nature, tout est peuplé. Il n'y a pas de mort réelle dans la nature, tout est vivant. Les hommes de génie diffèrent des simples voyants par la faculté qu'ils possèdent de faire sentir aux autres hommes ce qu'ils voient eux-mêmes et de se faire croire par enthousiasme et par sympathie. Ce sont les médiums du Verbe divin. Disons maintenant comment s'opère la vision. Toutes les formes correspondent à des idées, et il n'y a pas d'idée qui n'ait sa forme propre et particulière. La lumière primordiale, véhicule de toutes les idées, est la mère de toutes les formes et les transmet d'émanation en émanation, diminuées seulement ou altérées en raison de la densité des milieux. Les formes secondaires sont des reflets qui retournent au foyer de la lumière émanée. Les formes des objets, étant une modification de la lumière, restent dans la lumière où le reflet les renvoie. Aussi la lumière astrale ou le fluide terrestre que nous appelons le grand agent magique, est-il saturé d'images ou de reflets de toutes sortes que notre âme peut évoquer et soumettre à son diaphane, comme parlent les kabbalistes. Ces images nous sont toujours présentes et sont seulement effacées par les empreintes plus fortes de la réalité pendant la veille, ou par les préoccupations de notre pensée, qui rendent notre imagination inattentive au panorama mobile de la lumière astrale. Quand nous dormons, ce spectacle se présente de lui-même à nous, et c'est ainsi que se produisent les rêves : rêves incohérents et vagues, si quelque volonté dominante ne reste active pendant le sommeil et ne donne, à l'insu de notre intelligence, une direction au rêve, qui alors se transforme en songe. Le magnétisme animal n'est autre chose qu'un sommeil artificiel produit par l'union, soit volontaire, soit forcée, de deux âmes dont l'une veille pendant que l'autre dort, c'est-à-dire dont l'une dirige l'autre dans le choix des reflets pour changer les rêves en songes et savoir la vérité au moyen des images. Ainsi les somnambules ne vont pas réellement aux endroits où le magnétiseur les envoie ; elles en évoquent les images dans la lumière astrale, et ne peuvent rien voir de ce qui n'existe pas dans cette lumière. La lumière astrale a une action directe sur les nerfs, qui en sont les conducteurs dans l'économie animale, et qui la portent au cerveau ; aussi, dans l'état de somnambulisme, peut-on voir par les nerfs, et sans avoir besoin même de la lumière rayonnante, le fluide astral étant une lumière latente, comme la physique a reconnu qu'il y a un calorique latent. Le magnétisme à deux est sans doute une merveilleuse découverte ; mais le magnétisme d'un seul se rendant lucide à volonté et se dirigeant lui-même, c'est la perfection de l'art magique ; et le secret de ce grand œuvre n'est pas à trouver :il a été connu et pratiqué par un grand nombre d'initiés, et surtout par le célèbre Apollonius de Tyane, qui en a laissé une théorie. Le secret de la lucidité magnétique et la direction des phénomènes du magnétisme tiennent à deux choses : à l'harmonie des intelligences et à l'union parfaite des volontés dans une direction possible et déterminée par la science ; ceci est pour le magnétisme opéré entre plusieurs. Le magnétisme solitaire demande des préparations dont nous avons parlé dans notre premier chapitre, quand nous avons énuméré et fait voir dans toute leur difficulté les qualités requises pour être un véritable adepte. |
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