La magie ne diffère du mysticisme en ce qu'elle ne juge a priori qu'après avoir
établi a posteriori la base même de ses jugements, c'est-à-dire qu'après avoir compris
la cause par les effets contenus dans l'énergie même de la cause, au moyen de la loi
universelle de l'analogie ; aussi dans les sciences occultes tout est réel,
et les théories ne s'établissent que sur les bases de l'expérience. Ce sont les réalités
qui constituent les proportions de l'idéal, et le mage n'admet comme certain
dans le domaine des idées que ce qui est démontré par la réalisation. En d'autres termes,
ce qui est vrai dans la cause se réalise dans l'effet. Ce qui ne se réalise pas n'est pas.
La réalisation de la parole, c'est le Verbe proprement dit. Une pensée se réalise
en devenant parole ; elle se réalise par les signes, par les sons et par les figures
des signes : c'est là le premier degré de réalisation. Puis elle s'imprime dans la lumière
astrale au moyen des signes de l'écriture ou de la parole ; elle influence d'autres esprits
en se reflétant sur eux ; se réfracte en traversant le diaphane des autres hommes,
y prend des formes et des proportions nouvelles, puis se traduit en actes et modifie
la société et le monde : c'est là le dernier degré de réalisation. Les hommes qui naissent
dans un monde modifié par une idée en apportent avec eux l'empreinte, et c'est ainsi
que le Verbe se fait chair.
La loi de réalisation produit ce que nous appelons le respir magnétique, dont s'imprègnent
les objets et les lieux, ce qui leur communique une influence conforme à nos volontés
dominantes, surtout à celles qui sont confirmées et réalisées par des actes. En effet,
l'agent universel, ou la lumière astrale latente, cherche toujours l'équilibre ; il emplit
le vide et aspire le plein, ce qui rend le vice contagieux comme certaines maladies
physiques, et sert puissamment au prosélytismes de la vertu.
L'âme aspire et respire exactement comme le corps. Elle aspire ce qu'elle croit du bonheur,
et respire des idées qui résultent de ses sensations intimes.
Le respir magnétique produit autour de l'âme un rayonnement dont elle est le centre,
et elle s'entoure du reflet de ses œuvres, qui lui font un ciel ou un enfer. Il n'y a pas
d'actes solitaires et il ne saurait y avoir d'actes cachés ; tout ce que nous voulons
réellement, c'est-à-dire tout ce que nous confirmons par nos actes, reste écrit
dans la lumière astrale, où se conservent nos reflets ; ces reflets influencent
continuellement notre pensée par l'entremise du diaphane, et c'est ainsi qu'on devient
et qu'on reste l'enfant de ses œuvres.
La lumière astrale, transformée en lumière humaine au moment de la conception,
est la première enveloppe de l'âme, et, en se combinant avec les fluides les plus subtils,
elle forme le corps éthéré ou le fantôme sidéral dont parle Paracelse dans sa philosophie
d'intuition (Philosophia sagax). Ce corps sidéral, en se dégageant à la mort, attire à lui
et conserve longtemps, par la sympathie des homogènes, les reflets de la vie passée ;
si une volonté puissamment sympathique l'attire dans un courant particulier,
il se manifeste naturellement, car il n'y a rien de plus naturel que les prodiges.
C'est ainsi que se produisent les apparitions.
Ce corps fluidique, soumis, comme la masse de la lumière astrale, à deux mouvements
contraires, attractif à gauche, et répulsif à droite, ou réciproquement,
chez les deux sexes, produit en nous les luttes des différents attraits et contribue
aux anxiétés de la conscience ; souvent il est influencé par les reflets des autres esprits,
et c'est ainsi que se produisent, soit les tentations, soit les grâces subtiles
et inattendues. C'est aussi l'explication du dogme traditionnel des deux anges
qui nous assistent et nous éprouvent. Les deux forces de la lumière astrale peuvent
être figurées par une balance où sont pesées nos bonnes intentions pour le triomphe
de la justice et l'émancipation de notre liberté.
Le corps astral n'est pas toujours du même sexe que le corps terrestre, c'est-à-dire
que les proportions des deux forces, variant de droite à gauche, semblent souvent
contredire l'organisation visible.
Les pensées qui ne se traduisent pas en paroles sont des pensées perdues pour l'humanité ;
les paroles qui ne sont pas confirmées par des actes sont des paroles oiseuses,
et il n'y a pas loin de la parole oiseuse au mensonge.
C'est la pensée formulée par des paroles et des actes qui constitue la bonne œuvre
ou le crime. Donc, soit en vice, soit en vertu, il n'y a pas de parole dont on ne soit
responsable ; il n'y a surtout pas d'actes indifférents. Les malédictions
et les bénédictions ont toujours leur effet, et toute action, quelle qu'elle soit,
lorsqu'elle est inspirée par l'amour ou par la haine, produit des effets analogues
à son motif, à sa portée et à sa direction.