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DOGME DE LA HAUTE MAGIE
LA KABBALE

 Toutes les religions ont conservé le souvenir d'un livre primitif écrit en figures par les sages des premiers siècles du monde, et dont les symboles, simplifiés et vulgarisés plus tard, ont fourni à l'Écriture ses lettres, au Verbe ses caractères, à la philosophie occulte ses signes mystérieux et ses pentacles.
Ce livre, attribué à Hénoch, le septième maître du monde après Adam, par les Hébreux, à Hermès Trismégiste par les Égyptiens, à Cadmus, le mystérieux fondateur de la Ville sainte, par les Grecs, ce livre était le résumé symbolique de la tradition primitive, appelée depuis Kabbala ou Cabale, d'un mot hébreu qui est l'équivalent de tradition.
Cette tradition repose tout entière sur le dogme unique de la magie : le visible est pour nous la mesure proportionnelle de l'invisible.
Les Anciens qualifièrent ainsi tous les chiffres de la décade primitive :

1. Keter. La Couronne, le pouvoir équilibrant.
2. Chocmah. La Sagesse, équilibrée dans son ordre immuable par l'initiative de l'intelligence.
3. Binah. L'Intelligence active, équilibrée par la Sagesse.
4. Chesed. La Miséricorde, seconde conception de la Sagesse, toujours bienveillante, parce qu'elle est forte.
5. Géburah. La Rigueur nécessitée par la Sagesse même et par la bonté. Souffrir le mal, c'est empêcher le bien.
6. Tiphereth. La Beauté, conception lumineuse de l'équilibre dans les formes, l'intermédiaire entre la couronne et le royaume, le principe médiateur entre le créateur et la création. (Quelle sublime idée ne trouvons-nous pas ici de la poésie et de son souverain sacerdoce !)
7. Netsah. La Victoire, c'est-à-dire le triomphe éternel de l'intelligence et de la justice.
8. Hod. L'Éternité des victoires de l'esprit sur la matière, de l'actif sur le passif, de la vie sur la mort.
9. Jesod. Le Fondement, c'est-à-dire la base de toute croyance et de toute vérité, c'est ce que nous appelons en philosophie l'absolu.
10. Malchut. Le Royaume, c'est l'univers, c'est la création tout entière, l'œuvre et le miroir de Dieu, la preuve de la raison suprême, la conséquence formelle qui nous force de remonter aux prémisses virtuelles, l'énigme dont le mot est Dieu, c'est-à-dire : raison suprême et absolue.

Ces dix notions premières attachées aux dix premiers caractères de l'alphabet primitif, signifiant à la fois des principes et des nombres, sont ce que les maîtres de la Kabbale appellent les dix Séphiroth.

Nous avons à parler ici des Tarots au point de vue kabbalistique. Nous avons déjà indiqué la source occulte de leur nom. Ce livre hiéroglyphique se compose d'un alphabet kabbalistique et d'une roue ou cercle de quatre décades, spécifiées par quatre figures symboliques et typiques, ayant chacun pour rayon une échelle de quatre figures progressives représentant l'humanité : homme, femme, jeune homme et enfant ; maître, maîtresse, combattant et valet. Les vingt-deux figures de l'alphabet représentent d'abord les treize dogmes, puis les neuf croyances autorisées de la religion hébraïque, religion forte et fondée sur la plus haute raison.
Voici la clef religieuse et kabbalistique du Tarot, exprimée en vers techniques à la manière des anciens législateurs :

1    Tout annonce une cause active, intelligente.
2    Le nombre sert de preuve à l'unité vivante.
3    Rien ne peut limiter celui qui contient tout.
4    Seul, avant tout principe, il est présent partout.
5    Comme il est le seul maître, il est seul adorable.
6     Il révèle aux cœurs purs son dogme véritable.
7     Mais il faut un seul chef aux œuvres de la foi,
8    C'est pourquoi nous n'avons qu'un autel, qu'une loi ;
9    Et jamais l'Éternel n'en changera la base.
10   Des cieux et de nos jours il règle chaque phase.
11 Riche en miséricorde et puissant pour punir,
12 Il promet à son peuple un roi dans l'avenir.
13 La tombe est le passage à la terre nouvelle,
         La mort seule finit, la vie est immortelle.
         Tels sont les dogmes purs, immuables, sacrés ;
         Complétons maintenant les nombres révérés.
14 Le bon ange est celui qui calme et qui tempère.
15 Le mauvais est l'esprit d'orgueil et de colère.
16 Dieu commande à la foudre et gouverne le feu.
17 Vesper et sa rosée obéissent à Dieu.
18 Il place sur nos tours la lune en sentinelle.
19 Son soleil est la source où tout se renouvelle.
20 Son souffle fait germer la poudre des tombeaux
0 ou 21 Où les mortels sans frein descendent par troupeaux.
21 ou 22 Sa couronne a couvert le propitiatoire,
                     Et sur les chérubins il fait planer sa gloire.

À l'aide de cette explication, purement dogmatique, on peut déjà comprendre les figures de l'alphabet kabbalistique du Tarot. Ainsi la figure n° 1, appelée le Bateleur, représente le principe actif dans l'unité de l'autotélie divine et humaine ; le n° 2, appelé vulgairement la Papesse, figure l'unité dogmatique fondée sur les nombres, c'est la Kabbale ou la Gnose personnifiée ; le n° 3 représente la Spiritualité divine sous l'emblème d'une femme ailée qui tient d'une main l'aigle apocalyptique, et, de l'autre, le monde suspendu au bout de son sceptre. Les autres figures sont aussi claires et aussi facilement explicables que ces premières.
Venons maintenant aux quatre signes, c'est-à-dire aux Bâtons, aux Coupes, aux Épées et aux Cercles ou Pentacles, vulgairement appelés Deniers. Ces figures sont des hiéroglyphes du tétragramme : ainsi, le Bâton, c'est le phallus des Égyptiens ou le jod des Hébreux ; la Coupe, c'est le ctéïs ou le hé primitif ; l'Épée, c'est la conjonction des deux ou le lingam, figuré dans l'Hébreu antérieur à la captivité par le vau, et le Cercle ou Pentacle, image du monde, est le hé final du nom divin.
Maintenant, prenons un Tarot et réunissons quatre par quatre toutes les pages formant la Roue ou rota de Guillaume Postel ; mettons ensemble les quatre as, les quatre deux, etc., et nous aurons dix paquets de cartes donnant l'explication hiéroglyphique du triangle des noms divins sur l'échelle du dénaire que nous avons donné plus haut. On pourra donc les lire ainsi, en rapportant chaque nombre au Séphiroth correspondant :

 Quatre signes du nom qui contient tous les noms.
1. Keter. Les quatre as. La couronne de Dieu porte quatre fleurons.
2. Chocmah. Les quatre deux. Sa sagesse s'épanche et forme quatre fleuves.
3. Binah. Les quatre trois. De son intelligence il donne quatre preuves.
4. Chesed. Les quatre quatre. De la miséricorde il est quatre bienfaits.
5. Géburah. Les quatre cinq. Sa rigueur quatre fois punit quatre forfaits.
6. Tiphereth. Les quatre six. Par quatre rayons purs sa beauté se révèle.
7. Netsah. Les quatre sept. Célébrons quatre fois sa victoire éternelle.
8. Hod. Les quatre huit. Quatre fois il triomphe en son éternité.
9. Jesod. Les quatre neuf. Sur quatre fondements son trône est supporté.
10. Malchut. Les quatre dix. Son unique royaume est quatre fois le même / Et conforme aux fleurons du divin diadème.

On voit par cet arrangement si simple le sens kabbalistique de chaque lame. Ainsi, par exemple, le cinq de bâton signifie rigoureusement Géburah de Jod, c'est-à-dire justice du Créateur ou colère de l'homme ; le sept de coupe signifie victoire de la miséricorde ou triomphe de la femme ; le huit d'épée signifie conflit ou équilibre éternel ; et ainsi des autres. On peut comprendre ainsi comment s'y prenaient les anciens pontifes pour faire parler cet oracle : les lames jetées au sort donnaient toujours un sens kabbalistique nouveau, mais rigoureusement vrai dans sa combinaison, qui seule était fortuite ; et, comme la foi des Anciens n'accordait rien au hasard, ils lisaient les réponses de la Providence dans les oracles du Tarot, qu'on appelait chez les Hébreux Théraph ou Théraphims, comme l'a pressenti le premier le savant kabbaliste Gaffarel, l'un des magiciens attitrés du cardinal de Richelieu.

Quant aux figures, voici un dernier distique pour les expliquer :
Roi, Dame, Cavalier, Valet.
Époux, jeune homme, enfant, toute l'humanité,
Par ces quatre échelons, remonte à l'unité.

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