Nous avons dit que dans la lumière astrale se conservent les images des personnes
et des choses. C'est aussi dans cette lumière qu'on peut évoquer les formes de ceux
qui ne sont plus dans notre monde, et c'est par son moyen que s'accomplissent les mystères
aussi contestés que réels de la nécromancie.
On lit dans le livre hébreu de la Révolution des âmes qu'il y a des âmes de trois sortes :
les filles d'Adam, les filles des anges et les filles du péché. Il y a aussi,
suivant le même livre, trois sortes d'esprits : les esprits captifs, les esprits errants
et les esprits libres. Les âmes sont envoyées par couples. Il y a pourtant des âmes
d'hommes qui naissent veuves, et dont les épouses sont retenues captives par Lilith
et par Naëmah, les reines des stryges : ce sont les âmes qui ont à expier la témérité
d'un vœu de célibat. Ainsi, lorsqu'un homme renonce dès l'enfance à l'amour des femmes,
il rend esclave des démons de la débauche l'épouse qui lui était destinée. Les âmes
croissent et se multiplient dans le ciel ainsi que les corps sur la terre.
Les âmes immaculées sont les filles des baisers des anges.
Rien ne peut entrer dans le ciel que ce qui vient du ciel. Après la mort, donc, l'esprit
divin qui animait l'homme retourne seul au ciel, et laisse sur la terre et dans l'atmosphère
deux cadavres : l'un terrestre et élémentaire, l'autre aérien et sidéral ; l'un inerte déjà,
l'autre encore animé par le mouvement universel de l'âme du monde, mais destiné à mourir
lentement, absorbé par les puissances astrales qui l'ont produit. Le cadavre terrestre
est visible ; l'autre est invisible aux yeux des corps terrestres et vivants,
et ne peut être aperçu que par les applications de la lumière astrale au translucide,
qui communique ses impressions au système nerveux, et affecte ainsi l'organe de la vue
jusqu'à lui faire voir les formes qui sont conservées et les paroles qui sont écrites
au livre de la lumière vitale.
Lorsque l'homme a bien vécu, le cadavre astral s'évapore comme un encens pur en montant
vers les régions supérieures ; mais si l'homme a vécu dans le crime, son cadavre astral,
qui le retient prisonnier, cherche encore les objets de ses passions et veut se reprendre
à la vie. Il tourmente les songes des jeunes filles, se baigne dans la vapeur du sang
répandu, et se traîne autour des endroits où se sont écoulés les plaisirs de sa vie ;
il veille encore sur les trésors qu'il a possédés et enfouis ; il s'épuise en efforts
douloureux, pour se faire des organes matériels et revivre. Mais les astres l'aspirent
et le boivent ; il sent son intelligence s'affaiblir, sa mémoire se perdre lentement,
tout son être se dissoudre... Ses anciens vices lui apparaissent et le poursuivent
sous des figures monstrueuses ; ils l'attaquent et le dévorent... Le malheureux perd ainsi
successivement tous les membres qui ont servi à ses iniquités ; puis il meurt
pour la seconde fois et pour jamais, car il perd alors sa personnalité et sa mémoire.
Les âmes qui doivent vivre, mais qui ne sont pas encore entièrement purifiées, restent plus
ou moins captives dans le cadavre astral, où elles sont brûlées par la lumière odique
qui cherche à se l'assimiler et à le dissoudre. C'est pour se dégager de ce cadavre
que les âmes souffrantes entrent parfois dans les vivants, et y demeurent dans un état
que les kabbalistes appellent embryonnat.
Ce sont ces cadavres aériens qu'on évoque par la nécromancie. Ce sont des larves,
des substances mortes ou mourantes, avec lesquelles on se met en rapport ; elles ne peuvent
ordinairement parler que par le tintement de nos oreilles produit par l'ébranlement nerveux
dont j'ai parlé, et ne raisonnent ordinairement qu'en réfléchissant ou nos pensées
ou nos rêves.
Mais pour voir ces formes étranges, il faut se mettre dans un état exceptionnel, qui tient
du sommeil et de la mort, c'est-à-dire qu'il faut se magnétiser soi-même et arriver
à une sorte de somnambulisme lucide et éveillé. La nécromancie obtient donc des résultats
réels, et les évocations de la magie peuvent produire des visions véritables. Nous avons dit
que, dans le grand agent magique, qui est la lumière astrale, se conservent
toutes les empreintes des choses, toutes les images formées, soit par les rayons,
soit par les reflets ; c'est dans cette lumière que nous apparaissent nos songes,
c'est cette lumière qui enivre les aliénés et entraîne leur jugement endormi à la poursuite
des fantômes les plus bizarres. Pour voir sans illusions dans cette lumière, il faut écarter
les reflets par une volonté puissante, et n'attirer à soi que les rayons.
Il y a des évocations d'intelligence, des évocations d'amour et des évocations de haine ;
mais rien ne prouve, encore une fois, que les esprits quittent réellement les sphères
supérieures pour s'entretenir avec nous, et le contraire même est le plus probable.
Nous évoquons les souvenirs qu'ils ont laissé dans la lumière astrale, qui est le réservoir
commun du magnétisme universel.