Nous avons parlé du corps sidéral qui est l'intermédiaire entre l'âme et le corps
matériel. Ce corps reste éveillé souvent pendant que l'autre sommeille, et se transporte
avec la pensée dans tout l'espace qu'ouvre devant lui l'aimantation universelle.
Il allonge ainsi sans la briser la chaîne sympathique qui le retient attaché notre cœur
et à notre cerveau, et c'est ce qui rend si dangereux le réveil en sursaut
pour les personnes qui rêvent. En effet, une commotion trop forte peut rompre tout à coup
la chaîne, et occasionner subitement la mort.
La forme de notre corps sidéral est conforme à l'état habituel de nos pensées, et modifie,
à la longue, les traits du corps matériel.
Nous agissons par l'imagination sur les imaginations des autres, par notre corps sidéral
sur le leur, et par nos organes sur leurs organes. En sorte que, par la sympathie,
soit d'attrait, soit d'obsession, nous nous possédons les uns les autres
et nous nous identifions à ceux sur lesquels nous voulons agir. Ce sont les réactions
contre cet empire qui font succéder souvent aux sympathies les plus vives l'antipathie
la plus prononcée. L'amour a pour tendance d'identifier les êtres ; or, en les identifiant
souvent, il les rend rivaux, et par conséquent ennemis, si le fond des deux natures
est une disposition insociable, comme serait par exemple l'orgueil ; saturer également
d'orgueil deux âmes unies, c'est les désunir en les rendant rivales. L'antagonisme est
le résultat nécessaire de la pluralité des dieux.
Lorsque nous rêvons d'une personne vivante, c'est son corps sidéral qui se présente
au nôtre dans la lumière astrale, ou du moins le reflet de ce même corps, et la manière
dont nous sommes impressionnés à sa rencontre nous révèle souvent les dispositions secrètes
de cette personne à notre égard. L'amour, par exemple, façonne le corps sidéral
de l'un à l'image et à la ressemblance de l'autre, en sorte que le médium animique
de la femme est comme un homme et celui de l'homme comme une femme.
Nous avons dit un mot dans le chapitre précédent de ce que les maîtres en kabbale
appellent l'embryonnat des âmes. Cet embryonnat, complet après la mort de la personne
qui en possède une autre, est souvent commencé de son vivant, soit par l'obsession,
soit par l'amour.