De tous les arts issus du magisme des Anciens, l'astrologie est maintenant
le plus méconnu. On ne croit plus aux harmonies universelles de la nature
et à l'enchaînement nécessaire de tous les effets avec toutes les causes.
Ramener l'astrologie à sa pureté primitive serait en quelque façon créer une science
toute nouvelle ; essayons seulement d'en indiquer les premiers principes,
avec leurs conséquences les plus immédiates et les plus prochaines.
Nous avons dit que la lumière astrale reçoit et conserve toutes les empreintes des choses
visibles ; il en résulte que la disposition quotidienne du ciel se réfléchit
dans cette lumière, qui , étant l'agent principal de la vie, opère, par une série
d'appareils destinés à cette fin par la nature, la conception, l'embryonnat et la naissance
des enfants. Or si cette lumière est assez prodigue d'images pour donner au fruit
d'une grossesse les empreintes visibles d'une fantaisie ou d'une délectation de la mère,
à plus forte raison doit-elle transmettre au tempérament mobile encore et incertain
du nouveau-né les impressions atmosphériques et les influences diverses qui résultent
à un moment donné, dans tout le système planétaire de telle ou telle disposition
particulière des astres.
Rien n'est indifférent dans la nature : un caillou de plus ou de moins sur un chemin
peut briser ou modifier profondément les destinées des plus grands hommes
ou même des plus grands empires ; à plus forte raison la place de telle ou telle étoile
dans le ciel ne saurait être indifférente pour les destinées de l'enfant qui naît,
et qui entre par sa naissance même dans l'harmonie universelle du monde sidéral.
Les astres sont enchaînés les uns aux autres par des attractions qui les tiennent
en équilibre et les font régulièrement se mouvoir dans l'espace ; ces réseaux de lumière
vont de toutes les sphères à toutes les sphères, et il n'y a pas un point
sur chaque planète auquel ne se rattache un de ces fils indestructibles. Le lieu précis
et l'heure de la naissance doivent donc être calculés par le véritable adepte en astrologie ;
puis, quand il aura fait le calcul exact des influences astrales, il lui reste à compter
les chances d'état, c'est-à-dire les facilités ou les obstacles que l'enfant doit trouver
un jour dans son état, dans ses parents, dans le tempérament qu'il a reçu d'eux,
et par conséquent dans ses dispositions naturelles pour l'accomplissement de ses destinées.
Et encore faut-il tenir compte de la liberté humaine et de son initiative,
si l'enfant arrive un jour à être véritablement un homme et à se soustraire
par un courageux vouloir aux influences fatales et à la chaîne des destinées. On voit
que nous n'accordons pas trop à l'astrologie ; mais aussi ce que nous lui laissons
est incontestable, c'est le calcul scientifique et magique des probabilités.
L'astrologie est aussi ancienne et plus ancienne même que l'astronomie, et tous les sages
de l'Antiquité voyante lui ont accordé la confiance la plus entière ; or il ne faut pas
condamner et rejeter à la légère ce qui nous arrive entouré et soutenu
par de si imposantes autorités.
De longues et patientes observations, des comparaisons concluantes, des expériences souvent
réitérées, ont dû amener les anciens sages à leurs conclusions, et il faudrait,
pour prétendre les réfuter, recommencer en sens contraire le même travail.
On comprend que, pour lire l'écriture des étoiles, il faut connaître les étoiles elles-mêmes,
connaissance qui s'obtient par la domification kabbalistique du ciel, et par l'intelligence
du planisphère kabbalistique, retrouvé et expliqué par Gaffarel. Dans ce planisphère,
les constellations forment des lettres hébraïques, et les figures mythologiques
peuvent être remplacées par les symboles du Tarot. C'est à ce planisphère même que Gaffarel
rapporte l'origine de l'écriture des patriarches, et l'on aurait trouvé dans les chaînes
d'attraction des astres les premiers linéaments des caractères primitifs ; le livre du ciel
eût donc servi de modèle à celui d'Hénoch, et l'alphabet kabbalistique serait le résumé
de tout le ciel. Ceci ne manque ni de poésie ni surtout de probabilité, et l'étude du Tarot,
qui est évidemment le livre primitif et hiéroglyphique d'Hénoch, comme l'a compris
le savant Guillaume Postel, suffira pour nous en convaincre.
Aussi voit-on à la page dix-septième du Tarot une admirable allégorie : une femme nue,
qui représente à la fois la Vérité, la Nature et la Sagesse, sans voile, penche deux urnes
vers la terre et y verse du feu et de l'eau ; au-dessus de sa tête brille le septénaire
étoilé autour d'une étoile à huit rayons, celle de Vénus, symbole de paix et d'amour ;
autour de la femme verdissent les plantes de la terre, et sur une de ces plantes vient
se poser le papillon de Psyché, emblème de l'âme, remplacé dans quelques copies du livre
sacré par un oiseau, symbole plus égyptien et probablement plus antique. Cette figure,
qui, dans le Tarot moderne porte le titre d'Étoile brillante, est analogue à beaucoup
de symboles hermétiques, et n'est pas sans analogie avec l'Étoile flamboyante des initiés
de la franc-maçonnerie, exprimant la plupart des mystères de la doctrine secrète
des rose-croix.