Nous attaquons maintenant l'abus le plus criminel qui puisse être fait des sciences
magiques : c'est la magie, ou plutôt la sorcellerie empoisonneuse. Ici l'on doit comprendre
que nous écrivons, non pour enseigner, mais pour prévenir.
Si la justice humaine, en sévissant contre les adeptes, n'eût jamais atteint
que les nigromanciens et les sorciers empoisonneurs, il est certain,
comme nous l'avons déjà fait remarquer, que ses rigueurs eussent été justes
et que les plus sévères intimidations ne pouvaient jamais être excessives contre
de pareils scélérats.
Cependant il ne faut pas croire que le pouvoir de vie et de mort qui appartient secrètement
au mage ait été toujours exercé pour satisfaire quelque lâche vengeance ou une cupidité
plus lâche encore ; au Moyen Âge comme dans le monde antique, les associations magiques
ont souvent foudroyé ou fait lentement périr les révélateurs ou les profanateurs
des mystères, et, quand le glaive magique devait s'abstenir de frapper, quand l'effusion
du sang était à craindre, l'aqua Toffana, les bouquets aromatisés, les chemises de Nessus,
et d'autres instruments de mort plus inconnus et plus étranges, servaient à exécuter
tôt ou tard la terrible sentence des francs-juges.
Nous avons dit qu'il existe un grand et indicible arcane, qu'on ne communique jamais
entre adeptes, et qu'il faut empêcher surtout les profanes de deviner ; quiconque autrefois
révélait ou faisait trouver aux autres par d'imprudentes révélations la clef de cet arcane
suprême était immédiatement condamné à mort et forcé souvent lui-même d'être l'exécuteur
de la sentence.
Les poudres que les sorciers du Moyen Âge prétendaient recevoir au sabbat,
ils les vendaient à grand prix à l'ignorance et à la haine : c'est par la tradition
de semblables mystères qu'ils répandaient l'épouvante dans les campagnes et parvenaient
à jeter des sorts. Une fois l'imagination frappée, une fois le système nerveux attaqué,
la victime dépérissait rapidement, et la terreur même de ses parents et de ses amis
achevait sa perte. Le sorcier ou la sorcière était presque toujours une espèce de crapaud
humain, tout gonflé de vieilles rancunes ; ils étaient pauvres, repoussés de tous,
et par conséquent haineux. La crainte qu'ils inspiraient était leur consolation
et leur vengeance ; empoisonnés eux-mêmes par une société dont ils n'avaient connu
que les rebuts et que les vices, ils empoisonnaient à leur tour ceux qui étaient
assez faibles pour les redouter, et se vengeaient sur la beauté et sur la jeunesse
de leur vieillesse maudite et de leur impardonnable laideur.
L'opération seule de ces mauvaises œuvres et l'accomplissement de ces hideux mystères
constituaient et confirmaient ce qu'on appelait alors le pacte avec le mauvais esprit.
Il est certain que l'opérateur devait appartenir au mal corps et âme, et qu'il méritait
à juste titre la réprobation universelle et irrévocable exprimée par l'allégorie de l'enfer.
Que des âmes humaines soient descendues à ce degré de méchanceté et de démence,
cela doit nous étonner et nous affliger sans doute ; mais ne faut-il pas une profondeur
pour base à la hauteur des plus sublimes vertus, et l'abîme des enfers ne démontre-t-il pas
par antithèse l'élévation et la grandeur infinie du ciel ?
Superstition vient d'un mot latin qui signifie survivre. C'est le signe qui survit
à la pensée ; c'est le cadavre d'une pratique religieuse. La superstition est
à l'initiation ce que l'idée du diable est à celle de Dieu. C'est en ce sens que le culte
des images est défendu et que le dogme le plus saint dans sa conception première
peut devenir superstitieux et impie lorsqu'on en a perdu l'inspiration et l'esprit.
C'est alors que la religion, toujours une comme la raison suprême, change de vêtements
et abandonne les anciens rites à la cupidité et à la fourberie des déchus, métamorphosés,
par leur méchanceté et leur ignorance, en charlatans et en jongleurs.
On peut comparer aux superstitions les emblèmes et les caractères magiques dont le sens
n'est plus compris, et qu'on grave au hasard sur les amulettes et les talismans.
Les images magiques des Anciens étaient des pentacles, c'est-à-dire des synthèses
kabbalistiques. La roue de Pythagore est un pentacle analogue à celui des roues d'Ézéchiel,
et ces deux figures sont les mêmes secrets et la même philosophie : c'est la clef
de tous les pentacles.

L'étude des talismans et des pentacles est une des plus curieuses branches de la magie,
et se rattache à la numismatique historique.
Il existe des talismans indiens, égyptiens et grecs, des médailles kabbalistiques venant
des Hébreux anciens et modernes, des abraxas gnostiques, des amulettes byzantines,
des monnaies occultes en usage parmi les sociétés secrètes et nommées autrefois
jetons du sabbat, puis des médailles des Templiers et des bijoux de francs-maçons.
Coglénius, dans son Traité des merveilles de la nature, décrit les talismans de Salomon
et ceux du rabbin Chaël. La figure d'un plus grand nombre d'autres et des plus anciens
a été gravée dans les calendriers magiques de Tycho Brahé et de Duchenteau.