Les Anciens adoraient le soleil sous la forme d'une pierre noire qu'ils nommaient
Élagabale ou Héliogabale. Que signifiait cette pierre, et comment pouvait-elle être
l'image du plus brillant des astres ?
Les disciples d'Hermès, avant de promettre à leurs adeptes l'élixir de longue vie,
ou la poudre de projection, leur recommandent de chercher la pierre philosophale.
Qu'est ce que cette pierre, et pourquoi une pierre ?
Cette pierre, disent les maîtres en alchimie, c'est le vrai sel des philosophes, qui entre
pour un tiers dans la composition de l'azoth. Or, Azoth est, comme on sait, le nom
du grand agent hermétique et du véritable agent philosophal ; aussi représentent-ils
leur sel sous la forme d'une pierre cube, comme on peut en voir dans les douze clefs
de Basile Valentin ou dans les allégories de Trévisan.
Qu'est-ce donc, en vérité, que cette pierre ? C'est le fondement de la philosophie absolue,
c'est la suprême et inébranlable raison. Avant de songer à l'œuvre métallique, il faut être
à jamais fixé sur les principes absolus de la sagesse, il faut posséder cette raison qui est
la pierre de touche de la vérité. Jamais un homme à préjugés ne sera le roi de la nature
et le maître des transmutations. La pierre philosophale est donc avant tout nécessaire ;
mais comment la trouver ? Hermès nous l'apprend dans sa table d'émeraude. Il faut séparer
le subtil du fixe, avec un grand soin et une attention extrême. Ainsi nous devons dégager
nos certitudes de nos croyances et rendre bien distincts les domaines respectifs
de la science et de la foi ; bien comprendre que nous ne savons pas les choses
que nous croyons, et que nous ne croyons plus aucune des choses que nous parvenons à savoir,
et qu'ainsi l'essence des choses de la foi, c'est l'inconnu et l'indéfini,
tandis qu'il en est tout au contraire des choses de la science. On en conclura
que la science repose sur la raison et l'expérience, tandis que la foi a pour base
le sentiment et la raison. En d'autres termes, la pierre philosophale, c'est la vraie
certitude que la prudence humaine assure aux recherches consciencieuses et au doute modeste,
tandis que l'enthousiasme religieux la donne exclusivement à la foi. Or, elle n'appartient
ni à la raison sans aspirations ni aux aspirations déraisonnables ; la vraie certitude,
c'est l'acquiescement réciproque de la raison qui sait au sentiment qui croit,
et du sentiment qui croit à la raison qui sait. L'alliance définitive de la raison
et de la foi résultera non de leur distinction et de leur séparation absolues,
mais de leur contrôle mutuel et de leur fraternel concours. Tel est le sens
des deux colonnes du portique de Salomon, dont l'une s'appelle Jakin et l'autre Bohas,
dont l'une est blanche et l'autre noire. Elles sont distinctes et séparées, elles sont même
contraire en apparence ; mais si la force aveugle veut les réunir en les rapprochant,
la voûte du temple s'écroulera : car, séparées, elles ont une même force ; réunies,
elles sont deux forces qui se détruisent mutuellement. C'est pour la même raison
que le pouvoir spirituel s'affaiblit dès qu'il veut usurper le temporel, et que le pouvoir
temporel périt victime de ses empiètements sur le pouvoir spirituel. Grégoire VII a perdu
la papauté, et les rois schismatiques ont perdu et perdront la monarchie. L'équilibre
humain a besoin de deux pieds, les mondes gravitent sur deux forces, la génération exige
deux sexes. Tel est le sens de l'Arcane de Salomon, figuré par les deux colonnes du temple,
Jakin et Bohas.
Le soleil et la lune des alchimistes correspondent au même symbole et concourent
au perfectionnement et à la stabilité de la pierre philosophale. Le soleil est le signe
hiéroglyphique de la vérité, parce que c'est la source visible de la lumière,
et la pierre brute est le symbole de la stabilité. C'est pourquoi les anciens mages
prenaient la pierre Élagabale pour la figure même du soleil, et c'est pour cela aussi
que les alchimistes du Moyen Âge indiquaient la pierre philosophale comme le premier moyen
de faire l'or philosophique, c'est-à-dire de transformer toutes les puissances vitales
figurées par les six métaux en soleil, c'est-à-dire en vérité et en lumière, première
et indispensable opération du grand œuvre, qui conduit aux adaptations secondaires,
et qui fait, par les analogies de la nature, trouver l'or naturel et grossier aux créateurs
de l'or spirituel et vivant, aux possesseurs du vrai sel, du vrai mercure et du vrai soufre
philosophiques.
Trouver la pierre philosophale, c'est donc avoir découvert l'absolu, comme le disent
d'ailleurs tous les maîtres. Or, l'absolu, c'est ce qui n'admet plus d'erreurs,
c'est le fixe du volatil, c'est la règle de l'imagination, c'est la nécessité
même de l'être, c'est la loi immuable de raison et de vérité ; l'absolu, c'est ce qui est.
Or ce qui est est en quelque sorte avant celui qui est.