La plupart de nos maladies physiques viennent de nos maladies morales,
suivant le dogme magique unique et universel, et en raison de la loi des analogies.
Une grande passion à laquelle on s'abandonne correspond toujours à une grande maladie
qu'on se prépare. Les péchés mortels sont ainsi nommés parce qu'ils font physiquement
et positivement mourir.
Dès que votre volonté est irrévocablement confirmée dans une tendance à l'absurde,
vous êtes mort, et l'écueil où vous vous briserez n'est pas loin.
Il est donc vrai de dire que la sagesse conserve et prolonge la vie.
C'est dans le même sens que les maîtres hermétiques ont dit : « Rendez l'or potable,
et vous aurez la médecine universelle » ; c'est-à-dire : « Appropriez la vérité
à vos usages, qu'elle devienne la source à laquelle vous vous abreuverez tous les jours,
et vous aurez en vous-mêmes l'immortalité des sages. » La tempérance, la tranquillité d'âme,
la simplicité de caractère, le calme et la raison de la volonté, rendent l'homme
non seulement heureux, mais bien portant et fort. C'est en se rendant raisonnable et bon
que l'homme se rend immortel. Nous sommes les auteurs de nos destinées, et Dieu
ne nous sauve pas sans notre concours.
La mort n'existe pas pour le sage : la mort est un fantôme rendu horrible par l'ignorance
et la faiblesse du vulgaire.
Le changement atteste le mouvement, et le mouvement ne révèle que la vie. Le cadavre même
ne se décomposerait pas s'il était mort : toutes les molécules qui le composaient restent
vivantes et se meuvent pour se dégager. Et vous penseriez que l'esprit s'est dégagé
le premier pour ne plus vivre ! Vous croiriez que la pensée et l'amour peuvent mourir
quand la matière même la plus grossière ne meurt pas !
Si le changement doit être appelé la mort, nous mourons et nous renaissons tous les jours,
car tous les jours nos formes changent.
Craignons donc de salir et de déchirer nos vêtements, mais ne craignons pas de les quitter
quand vient l'heure du repos.
L'embaumement et la conservation des cadavres sont une superstition contre nature.
C'est un essai de création de la mort ; c'est l'immobilisation forcée d'une substance
dont la vie a besoin. Mais il ne faut pas non plus trop se hâter de détruire ou de faire
disparaître les cadavres ; car rien ne s'accomplit brusquement dans la nature,
et l'on ne doit pas risquer de rompre violemment les liens d'une âme qui se détache.
La mort n'est jamais instantanée ; elle s'opère par degrés, comme le sommeil.
Tant que le sang n'est pas complètement refroidi, tant que les nerfs peuvent tressaillir,
l'homme n'est pas complètement mort, et, si aucun des organes essentiels à la vie
n'est détruit, l'âme peut être rappelée, soit par accident, soit par une volonté forte.
Un philosophe a dit qu'il douterait du témoignage universel plutôt que de croire
à la résurrection d'un mort, et en cela il a parlé témérairement ; car c'est sur la foi
du témoignage universel qu'il croyait à l'impossibilité d'une résurrection.
Qu'une résurrection soit prouvée, qu'en résultera-t-il ? Qu'il faudra nier l'évidence
ou renoncer à la raison ? Ce serait absurde de le supposer. Il faudra conclure
tout simplement qu'on avait cru à tort le résurrectionisme impossible. La possibilité
est la conséquence de l'acte.
Osons maintenant affirmer que la résurrection est possible, et qu'elle arrive même
plus souvent qu'on ne croit. Combien de personnes dont la mort a été juridiquement
et scientifiquement constatée ont été retrouvées mortes, il est vrai, dans leur bière,
mais ayant revécu, et s'étant rongé les poings pour s'ouvrir les artères et échapper
par une nouvelle mort à d'horribles souffrances. Un médecin nous dira que ces personnes
n'étaient pas mortes, mais en léthargie. Mais qu'est-ce que la léthargie ? C'est le nom
que vous donnez à la mort commencée qui ne s'achève pas, à la mort que vient démentir
un retour à la vie. On se tire toujours facilement d'affaire avec des mots,
quand il est impossible d'expliquer les choses.
L'âme tient au corps par la sensibilité, et, dès que la sensibilité cesse, c'est un signe
certain que l'âme s'éloigne. Le sommeil magnétique est une léthargie ou une mort factice,
et guérissable à volonté. L'éthérisation ou la torpeur produite par le chloroforme
est une léthargie véritable qui finit quelquefois par une mort définitive, quand l'âme,
heureuse de son dégagement passager, fait effort de volonté pour s'en aller définitivement :
ce qui est possible chez ceux qui ont vaincu l'enfer, c'est-à-dire dont la force morale est
supérieure à celle de l'attraction astrale. Aussi la résurrection n'est-elle possible
que pour les âmes élémentaires, et ce sont elles surtout qui sont exposées à revivre
involontairement dans la tombe. Les grands hommes et les vrais sages ne sont jamais
enterrés vivants.