L'un des privilèges de l'initié au grand Arcane, et celui qui résume tous les autres,
c'est la divination.
Suivant le sens vulgaire du mot, deviner signifie conjecturer ce qu'on ignore ;
mais le vrai sens du mot est ineffable à force d'être sublime. Deviner (divinari),
c'est exercer la divinité. Le mot divinus, en latin, signifie plus et autre chose
que le mot divus, dont le sens est l'équivalent de l'homme-dieu. Devin, en français,
contient les quatre lettres du mot Dieu, plus la lettre n, qui correspond, par sa forme,
à l'aleph hébreu ?, et qui exprime kabbalistiquement et hiéroglyphiquement le grand Arcane,
dont le symbole, dans le Tarot, est la figure du bateleur.
Celui qui comprendra parfaitement la valeur numérale absolue d'? multiplié par n,
avec la force grammaticale de l'n finale dans les mots qui expriment science, art
ou puissance, puis qui additionnera les cinq lettres du mot devin, de manière
à faire entrer cinq dans quatre, quatre dans trois, trois en deux et deux en un, celui-là,
en traduisant le nombre qu'il trouvera en lettres hébraïques primitives, écrira
le nom occulte du grand Arcane, et possédera un mot dont le saint tétragramme lui-même
n'est que l'équivalent et comme l'image.
Être devin, suivant la force du mot, c'est donc être divin, et quelque chose
de plus mystérieux encore.
Les deux signes de la divinité humaine, ou de l'humanité divine, sont les prophéties
et les miracles.
Être prophète, c'est voir d'avance les effets qui existent dans les causes,
c'est lire dans la lumière astrale ; faire des miracles, c'est agir sur l'agent universel
et le soumettre à notre volonté.
D'ailleurs, une des conditions essentielles de la divination, c'est de n'être jamais forcée
et de ne se soumettre jamais à la tentation, c'est-à-dire à l'épreuve. Jamais les maîtres
de la science n'ont cédé à la curiosité de personne. Les sibylles brûlent leurs livres
quand Tarquin refuse de les apprécier à leur juste valeur ; le grand Maître se tait
lorsqu'on lui demande des signes de sa mission divine ; Agrippa meurt de misère
plutôt que d'obéir à ceux qui exigent de lui un horoscope. Donner des preuves de la science
à ceux qui doutent de la science même, c'est initier des indignes, c'est profaner
l'or du sanctuaire, c'est mériter l'excommunication des sages et la mort des révélateurs.
L'essence de la divination, c'est-à-dire le grand Arcane magique, est figurée
par tous les symboles de la science, et se lie étroitement au dogme unique et primitif
d'Hermès. En philosophie, il donne la certitude absolue : en religion, le secret universel
de la foi ; en physique, la composition, la décomposition, la recomposition, la réalisation
et l'adaptation du mercure philosophal, nommé azoth par les alchimistes ; en dynamique,
il multiplie nos forces par celles du mouvement perpétuel ; il est à la fois mystique,
métaphysique et matériel, avec correspondances d'effets dans les trois mondes ; il procure
charité en Dieu, vérité en science et or en richesse, car la transmutation métallique
est à la fois une allégorie et une réalité, comme le savent bien tous les adeptes
de la vraie science.
Oui, l'on peut réellement et matériellement faire de l'or avec la pierre des sages,
qui est un amalgame de sel, de soufre et de mercure combinés trois fois en azoth
par une triple sublimation et une triple fixation. Oui, l'opération est souvent facile
et peut se faire dans un jour, dans un instant : d'autres fois elle demande des mois
et des années. Mais, pour réussir dans le grand œuvre, il faut être divinus, ou devin,
dans le sens kabbalistique du mot, et il est indispensable d'avoir renoncé, pour son intérêt
personnel, à l'avantage des richesses, dont on devient ainsi le dispensateur.
La divination est donc une intuition, et la clef de cette intuition est le dogme universel
et magique des analogies. C'est par les analogies que le mage interprète les songes,
comme nous voyons dans la Bible que le patriarche Joseph le faisait autrefois en Égypte :
car les analogies dans les reflets de la lumière astrale sont rigoureuses comme les nuances
des couleurs dans la lumière solaire, et peuvent être calculées et expliquées
avec une grande exactitude. Il est seulement indispensable de connaître le degré de vie
intellectuelle du rêveur, et on le révélera à lui-même tout entier par ses propres songes
jusqu'à le jeter dans un profond étonnement.
Le somnambulisme, les pressentiments et la seconde vue ne sont qu'une disposition,
soit accidentelle, soit habituelle, à rêver dans un sommeil volontaire ou tout éveillé,
c'est-à-dire à percevoir les reflets analogiques de la lumière astrale.
Quant aux instruments divinatoires, ils sont simplement un moyen de communication
entre le devin et le consultant, et ne servent souvent qu'à fixer les deux volontés
sur un même signe ; les figures vagues, compliquées, mobiles, aident à rassembler
les reflets du fluide astral, et c'est ainsi qu'on voit dans le marc de café,
dans les nuages, dans le blanc d'œuf, etc., des formes fatidiques, et existant seulement
dans le translucide, c'est-à-dire dans l'imagination des opérateurs. La vision dans l'eau
s'opère par éblouissement et fatigue du nerf optique, qui cède ses fonctions au translucide
et produit une illusion du cerveau qui prend pour des images réelles les reflets
de la lumière astrale ; aussi les personnes nerveuses, ayant la vue faible et l'imagination
vive, sont-elles plus propres à ce genre de divination, qui réussit surtout lorsqu'elle est
faite par des enfants. Or, qu'on ne se méprenne pas ici sur la fonction que nous attribuons
à l'imagination dans les arts divinatoires. On voit par l'imagination sans doute,
et c'est là le côté naturel du miracle, mais on voit des choses vraies, et c'est en cela
que consiste le merveilleux de l'œuvre naturelle.
Le Tarot, ce livre miraculeux, inspirateur de tous les livres sacrés des anciens peuples,
est, à cause de la précision analogique de ses figures et de ses nombres, l'instrument
de divination le plus parfait qui puisse être employé avec une entière confiance. En effet,
les oracles de ce livre sont toujours rigoureusement vrais, au moins dans un sens, et,
lorsqu'il ne prédit rien, il révèle toujours des choses cachées et donne aux consultants
les plus sages conseils.