Résumons maintenant toute la science par des principes.
L'analogie est le dernier mot de la science et le premier mot de la foi.
L'harmonie est dans l'équilibre, et l'équilibre subsiste par l'analogie des contraires.
L'unité absolue, c'est la raison suprême et dernière des choses. Or cette raison ne peut
être ni une personne ni trois personnes : c'est une raison, et c'est la raison
par excellence.
Pour créer l'équilibre il faut séparer et unir : séparer par les pôles, unir par le centre.
Raisonner sur la foi, c'est détruire la foi ; faire du mysticisme en philosophie,
c'est attenter à la raison.
La raison et la foi s'excluent mutuellement par leur nature et s'unissent par l'analogie.
L'analogie est le seul médiateur possible entre le visible et l'invisible, entre le fini
et l'infini. Le dogme est l'hypothèse toujours ascendante d'une équation présumable.
Pour l'ignorant, c'est l'hypothèse qui est l'affirmation absolue, et l'affirmation absolue
qui est l'hypothèse.
Il y a dans la science des hypothèses nécessaires, et celui qui cherche à les réaliser
agrandit la science sans restreindre la foi : car de l'autre côté de la foi il y a l'infini.
On croit ce qu'on ignore, mais ce que la raison veut qu'on admette. Définir l'objet
de la foi et le circonscrire, c'est donc formuler l'inconnu. Les professions de foi
sont les formules de l'ignorance et des aspirations de l'homme. Les théorèmes de la science
sont les monuments de ses conquêtes.
L'homme peut réaliser ce qu'il croit dans la mesure de ce qu'il sait en raison
de ce qu'il ignore, et fait tout ce qu'il veut dans la mesure de ce qu'il croit
et en raison de ce qu'il sait.
L'analogie des contraires, c'est le rapport de la lumière à l'ombre, de la saillie au creux,
du plein au vide. L'allégorie, mère de tous les dogmes, est la substitution des empreintes
aux cachets, des ombres aux réalités. C'est le mensonge de la vérité et la vérité
du mensonge.
On n'invente pas un dogme, on voile une vérité, et il se produit une ombre en faveur
des yeux faibles. L'initiateur n'est pas un imposteur, c'est un révélateur ; c'est-à-dire,
suivant l'expression du mot latin revelare, un homme qui voile de nouveau. C'est le créateur
d'une nouvelle ombre.
L'analogie est la clef de tous les secrets de la nature et la seule raison d'être
de toutes les révélations.
L'analogie donne au mage toutes les forces de la nature ; L'analogie est la quintessence
de la pierre philosophale, c'est le secret du mouvement perpétuel, c'est la quadrature
du cercle, c'est le temple qui repose sur les deux colonnes Jakin et Bohas, c'est la clef
du grand Arcane, c'est la racine de l'arbre de vie, c'est la science du bien et du mal.
Trouver l'échelle exacte des analogies dans les choses appréciables par la science,
c'est fixer les bases de la foi et s'emparer ainsi de la baguette des miracles. Or,
il existe un principe et une formule rigoureuse, qui est le grand Arcane. Que le sage
ne cherche pas, il a déjà trouvé ; mais que le vulgaire cherche toujours, il ne trouvera
jamais.
La transmutation métallique s'opère spirituellement et matériellement par la clef positive
des analogies.
La médecine occulte n'est que l'exercice de la volonté appliquée à la source même de la vie,
à cette lumière astrale dont l'existence est un fait, et dont le mouvement est conforme
aux calculs dont l'échelle ascendante et descendante est le grand Arcane magique.
Cet arcane universel, dernier et éternel secret de la haute initiation, est représenté
dans le Tarot par une jeune fille nue qui ne touche la terre que d'un pied,
tient une baguette aimantée de chaque main, et semble courir dans une couronne
que supportent un ange, un aigle, un bœuf et un lion.
L'intelligence de cette figure est la clef de toutes les sciences occultes.
Il nous reste maintenant à réaliser ; ce qui est la seconde et la plus importante opération
du grand œuvre. Trouver la pierre philosophale, c'est quelque chose sans doute ;
mais comment doit-on la triturer pour en faire la poudre de projection ? Quel est l'usage
de la baguette magique ? Quelle est la puissance réelle des noms divins de la kabbale ?
Les initiés le savent, et les initiables le sauront si, par les indications si multipliées
et si précises que nous venons de leur donner, ils découvrent le grand Arcane.
Pourquoi ces vérités si simples et si pures sont-elles toujours et nécessairement cachées
aux hommes ? C'est que les élus de l'intelligence sont en petit nombre sur la terre,
et ressemblent, au milieu des sots et des méchants, à Daniel dans la fosse aux lions.