La mort est un fantôme de l'ignorance ; elle n'existe pas : tout est vivant
dans la nature, et c'est parce que tout est vivant que tout se meut et change incessamment
de formes.
La vieillesse est le commencement de la régénération ; c'est le travail de la vie
qui se renouvelle, et le mystère de ce que nous appelons la mort était figuré
chez les anciens par cette fontaine de Jouvence où l'on décrépit et d'où l'on sort enfant.
Le corps est un vêtement de l'âme. Lorsque ce vêtement est complètement usé ou gravement
et irréparablement déchiré, elle le quitte et ne le reprend plus. Mais lorsque,
par un accident quelconque, ce vêtement lui échappe sans être usé ni détruit, elle peut,
en certain cas, le reprendre soit par son propre effort, soit avec l'assistance d'une autre
volonté plus forte et plus active que la sienne.
La mort n'est ni la fin de la vie ni le commencement de l'immortalité ;
c'est la continuation et la transformation de la vie.
Or, une transformation étant toujours un progrès, il est peu de morts apparents
qui consentent à revivre, c'est-à-dire à reprendre le vêtement qu'ils viennent de quitter.
C'est ce qui rend la résurrection une des œuvres les plus difficiles de la haute initiation.
Aussi le succès n'en est-il jamais infaillible et doit-il être regardé presque toujours
comme accidentel et inattendu. Pour ressusciter un mort, il faut resserrer subitement
et énergiquement la plus forte des chaînes d'attraction qui puissent le rattacher
à la forme qu'il vient de quitter. Il est donc nécessaire de connaître d'abord cette chaîne,
puis de s'en emparer, puis de produire un effort de volonté assez grand pour la resserrer
instantanément et avec une puissance irrésistible.
Il est certain que les images des morts apparaissent aux personnes magnétisées
qui les évoquent ; il est certain aussi qu'elles ne leur révèlent jamais rien des mystères
de l'autre vie. On les revoit telles qu'elles peuvent être encore dans le souvenir de ceux
qui les ont connues, telles que leurs reflets sans doute les ont laissées empreintes
dans la lumière astrale. Quand les spectres évoqués répondent aux questions
qu'on leur adresse, c'est toujours par les signes ou par les impressions intérieure
et imaginaire, jamais avec une voix qui frappe réellement les oreilles ; et cela
se comprend assez : comment une ombre parlerait-elle ? Avec quel instrument ferait-elle
vibrer l'air en le frappant de manière à faire distinguer les sons ?
On éprouve cependant des contacts électriques lors des apparitions, et ces contacts semblent
quelquefois produits par la main même du fantôme ; mais ce phénomène est tout intérieur
et doit avoir pour cause unique la puissance de l'imagination et les affluences locales
de la force occulte que nous appelons lumière astrale. Ce qui le prouve,
c'est que les esprits, ou du moins les spectres prétendus tels, nous touchent bien parfois,
mais qu'on ne saurait les toucher, et c'est une des circonstances les plus effrayantes
des apparitions, car les visions ont parfois une apparence si réelle, qu'on ne peut
sans être ému sentir que la main passe à travers ce qui nous semble un corps sans pouvoir
rien toucher ni rencontrer.
Les évocations doivent toujours être motivées et avoir un but louable ; autrement,
ce sont des opérations de ténèbres et de folies, très dangereuses pour la raison
et la santé. Évoquer par pure curiosité et pour savoir si l'on verra quelque chose,
c'est être disposé d'avance à se fatiguer en pure perte. Les hautes sciences n'admettent
ni le doute ni les puérilités.
Le motif louable d'une évocation peut être ou d'amour ou d'intelligence.
Les évocations d'amour exigent moins d'appareil et sont de toutes manières plus faciles.
Voici comment il faut y procéder :
On doit d'abord recueillir avec soin tous les souvenirs de celui ou de celle qu'on désire
revoir, les objets qui lui ont servi et qui ont gardé son empreinte, et meubler
soit une chambre où la personne ait demeuré de son vivant, soit un local semblable,
où l'on mettra son portrait, voilé de blanc, au milieu des fleurs que la personne aimait
et que l'on renouvellera tous les jours.
Puis il faut observer une date précise, un jour de l'année qui ait été, soit sa fête,
soit le jour le plus heureux pour notre affection et pour la sienne, un jour dont
nous supposons que son âme, quelque heureuse qu'elle soit ailleurs, n'a pu perdre
le souvenir : c'est ce jour-là même qu'il faut choisir pour l'évocation, à laquelle
on se préparera pendant quatorze jours.
Pendant ce temps, il faudra observer de ne donner à personne les mêmes preuves d'affection
que le défunt ou la défunte avait droit d'attendre de nous ; il faudra observer
une chasteté rigoureuse, vivre dans la retraite et ne faire qu'un modeste repas
et une légère collation par jour.
Tous les soirs à la même heure, il faudra s'enfermer avec une seule lumière peu éclatante,
telle qu'une petite lampe funéraire ou un cierge, dans la chambre consacrée au souvenir
de la personne regrettée ; on placera cette lumière derrière soi et l'on découvrira
le portrait, en présence duquel on restera une heure en silence ; puis on parfumera
la chambre avec un peu de bon encens, et l'on en sortira à reculons.
Le jour fixé pour l'évocation, il faudra se parer dès le matin comme pour une fête,
n'adresser le premier la parole à personne de la journée, ne faire qu'un repas composé
de pain, de vin et de racines ou de fruits ; la nappe devra être blanche ; on mettra
deux couverts et l'on rompra une part de pain qui devra être servi entier ; on mettra aussi
quelques gouttes de vin dans le verre de la personne qu'on veut évoquer. Ce repas doit être
fait en silence, dans la chambre des évocations, en présence du portrait voilé ;
puis on emportera tout ce qui aura servi pour cela, excepté le verre du défunt et sa part
de pain qui seront laissés devant son portrait.
Le soir, à l'heure de la visite habituelle, on se rendra dans la chambre en silence ;
on y allumera un feu clair avec du bois de cyprès et l'on y jettera sept fois de l'encens
en prononçant le nom de la personne qu'on veut revoir ; on éteindra ensuite la lampe
et on laissera le feu mourir. Ce jour-là on ne dévoilera pas le portrait.
Quand la flamme sera éteinte, on remettra de l'encens sur les charbons, et l'on invoquera
Dieu suivant les formules de la religion à laquelle appartenait la personne décédée
et suivant les idées qu'elle avait elle-même de Dieu.
Il faudra, en faisant cette prière, s'identifier à la personne évoquée, parler
comme elle parlerait, se croire en quelque sorte elle-même ; puis, après un quart d'heure
de silence, lui parler comme si elle était présente, avec affection et foi, en la priant
de se montrer à nous ; renouveler cette prière mentalement et en couvrant son visage
des deux mains, puis appeler trois fois et à haute voix la personne ; attendre à genoux
et les yeux fermés ou couverts pendant quelques minutes en lui parlant mentalement ;
puis l'appeler trois fois encore d'une voix douce et affectueuse, et ouvrir lentement
les yeux. Si l'on ne voyait rien, il faudrait renouveler cette expérience l'année suivante
et ainsi jusqu'à trois fois. Il est certain qu'au moins la troisième fois on obtiendra
l'apparition désirée, et plus elle aura tardé, plus elle sera visible et saisissante
de réalité.
Les évocations de science et d'intelligence se font avec des cérémonies plus solennelles.
S'il s'agit d'un personnage célèbre, il faut méditer pendant vingt et un jours sa vie
et ses écrits, se faire une idée de sa personne, de sa contenance et de sa voix ;
lui parler mentalement et s'imaginer ses réponses, porter sur soi son portrait ou au moins
son nom, s'assujettir à un régime végétal pendant les vingt et un jours, et à un jeûne
sévère pendant les sept derniers ; puis construire l'oratoire magique. L'oratoire doit être
entièrement fermé ; mais, si l'on doit opérer de jour, on peut laisser une étroite
ouverture du côté où doit donner le Soleil à l'heure de l'évocation, et placer
devant cette ouverture un prisme triangulaire, puis devant le prisme un globe de cristal
rempli d'eau. Si l'on doit opérer de nuit, on disposera la lampe magique de manière
à faire tomber son unique rayon sur la fumée de l'autel. Ces préparatifs ont pour but
de fournir à l'agent magique des éléments d'une apparence corporelle, et de soulager
d'autant la tension de notre imagination, qu'on n'exalterait pas sans danger
jusqu'à l'illusion absolue du rêve. On comprend assez, d'ailleurs, qu'un rayon de soleil
ou de lampe diversement coloré et tombant sur une fumée mobile et irrégulière ne peut en
aucune façon créer une image parfaite. Le réchaud du feu sacré doit être au centre
de l'oratoire, et l'autel des parfums à peu de distance. L'opérateur doit se tourner
vers l'orient pour prier, et vers l'occident pour évoquer ; il doit être seul ou assisté
de deux personnes qui observeront le plus rigoureux silence ; il aura les vêtements
magiques tels que nous les avons décrits au chapitre septième, sera couronné de verveine
et d'or. Il aura dû se baigner avant l'opération, et tous ses vêtements de dessous devront
être d'une intacte et rigoureuse propreté.
On commencera par une prière appropriée au génie de l'esprit qu'on veut évoquer,
et qu'il pourrait approuver lui-même s'il vivait encore.
Il faut bien se rappeler surtout, dans les conjurations, que les noms de Satan,
de Beelzebub, d'Adramelek, et les autres, ne désignent pas des unités spirituelles,
mais des légions d'esprits impurs. « Je me nomme légion, dit dans l'Évangile l'esprit
de ténèbres, parce que nous sommes en grand nombre. » En enfer, règne de l'anarchie,
c'est le nombre qui fait la loi et le progrès s'y accomplit en sens inverse, c'est-à-dire
que les plus avancés en développement satanique, les plus dégradés par conséquent,
sont les moins intelligents et les plus faibles. Ainsi, une loi fatale pousse les démons
à descendre lorsqu'ils croient et veulent monter. Aussi ceux qui se disent les chefs
sont-ils les plus impuissants et les plus méprisés de tous. Quant à la foule des esprits
pervers, elle tremble devant un chef inconnu, invisible, incompréhensible, capricieux,
implacable, qui n'explique jamais ses lois, et qui a toujours le bras étendu pour frapper
ceux qui n'ont pu le deviner. Ils donnent à ce fantôme les noms de Baal, de Jupiter,
ou d'autres mêmes plus vénérables, et qu'on ne prononce pas en enfer sans les profaner ;
mais ce fantôme n'est que l'ombre et le souvenir de Dieu, défigurés par leur perversité
volontaire, et restés dans leur imagination comme une vengeance de la justice
et un remords de la vérité.
Lorsque l'esprit de lumière qu'on a évoqué se montre avec un visage triste ou irrité,
il faut lui offrir un sacrifice moral, c'est-à-dire être intérieurement disposé à renoncer
à ce qui l'offense ; puis il faut, avant de sortir de l'oratoire, le congédier
en lui disant : « Que la paix soit avec toi ! Je n'ai pas voulu te troubler,
ne me tourmente pas ; je travaillerai à me réformer en tout ce qui t'offense ; je prie
et prierai avec toi et pour toi ; prie avec moi et pour moi et retourne à ton grand sommeil,
en attendant le jour où nous nous réveillerons ensemble. Silence et adieu ! »