Les substances excitantes et celles qui contiennent le plus de phosphore sont
naturellement aphrodisiaques. Tout ce qui agit vivement sur le système nerveux peut
déterminer la surexcitation passionnelle, et si une volonté habile et persévérante sait
diriger et influencer ces dispositions naturelles, elle se servira des passions des autres
au profit des siennes, et réduira bientôt les personnalités les plus fières à devenir,
dans un temps donné, les instruments de ses plaisirs.
C'est d'une pareille influence qu'il importe de se préserver et c'est pour donner des armes
aux faibles que nous écrivons ce chapitre.
Voici d'abord quelles sont les pratiques de l'ennemi :
Celui qui veut se faire aimer — nous attribuons à un homme seulement toutes ces manœuvres
illégitimes, ne supposant pas qu'une femme en ait jamais besoin — celui donc qui veut
se faire aimer doit d'abord se faire remarquer et produire une impression quelconque
sur l'imagination de la personne qu'il désire. Qu'il la frappe d'admiration, d'étonnement
ou de terreur, d'horreur même, s'il n'a que cette ressource ; mais il faut à tout prix
que pour elle il sorte du rang des hommes ordinaires et qu'il prenne de gré ou de force
une place dans ses souvenirs, dans ses appréhensions et dans ses rêves. Le Lovelace
n'est certes pas l'idéal avoué des Clarisses ; mais elles y pensent sans cesse
pour les réprouver, pour les maudire, pour plaindre leurs victimes, pour désirer
leur conversion et leur repentir ; puis elles voudraient les régénérer par le dévouement
et le pardon ; puis la vanité sécrète leur dit qu'il serait beau de fixer l'amour
d'un Lovelace, de l'aimer et de lui résister. Et voilà ma Clarisse qui se surprend à aimer
le Lovelace ; elle s'en veut de l'aimer, elle en rougit, elle y renonce mille fois
et ne l'aime que mille fois davantage ; puis, quand vient le moment suprême, elle oublie
de lui résister.
L'absorption d'une volonté par une autre change souvent toute une série de destinées,
et ce n'est pas seulement pour nous-mêmes que nous devons veiller sur nos relations
et apprendre à discerner les atmosphères pures des atmosphères impures ; car les véritables
philtres, les philtres les plus dangereux, sont invisibles ; ce sont les courants
de lumière vitale rayonnante qui, en se mêlant et en s'échangeant, produisent
les attractions et les sympathies, comme les expériences magnétiques ne laissent pas lieu
d'en douter.
Pour se préserver des mauvaises influences, la première condition serait donc de défendre
à l'imagination de s'exalter. Tous les exaltés sont plus ou moins fous, et l'on domine
toujours un fou en le prenant par sa folie. Mettez-vous donc au-dessus des craintes
puériles et des désirs vagues ; croyez à la sagesse suprême, et soyez convaincus
que cette sagesse, vous ayant donné l'intelligence pour unique moyen de la connaître,
ne peut vouloir tendre des pièges à votre intelligence ou à votre raison. Vous voyez
partout autour de vous des effets proportionnés aux causes ; vous voyez les causes dirigées
et modifiées dans le domaine de l'homme par l'intelligence ; vous voyez en somme le bien
être plus fort et plus estimé que le mal : pourquoi supposeriez-vous dans l'infini
une immense déraison, puisqu'il y a de la raison dans le fini ? La vérité ne se cache
à personne. Dieu est visible dans ses œuvres, et il ne demande rien aux êtres
contre les lois de leur nature, dont il est lui-même l'auteur. La foi, c'est la confiance ;
ayez confiance, non dans les hommes qui vous disent du mal de la raison, car ce sont
des fous ou des imposteurs, mais dans l'éternelle raison qui est le Verbe divin,
cette lumière véritable offerte comme le soleil à l'intuition de toute créature humaine
venant en ce monde.
Si vous croyez à la raison absolue et si vous désirez plus que toute chose la vérité
et la justice, vous ne devez craindre personne, et vous n'aimerez que ceux qui sont
aimables. Votre lumière naturelle repoussera instinctivement celle des méchants
parce qu'elle sera dominée par votre volonté. Ainsi les substances même vénéneuses
qui pourraient vous être administrées n'affecteront pas votre intelligence. On pourra
vous rendre malades, on ne vous rendra jamais criminels.