Nous avons défini les miracles les effets naturels des causes exceptionnelles.
L'action immédiate de la volonté humaine sur les corps, ou du moins cette action exercée
sans moyen visible, constitue un miracle dans l'ordre physique.
L'influence exercée sur les volontés ou sur les intelligences soit soudainement,
soit dans un temps donné, et capable de captiver les pensées, de changer les résolutions
les mieux arrêtées, de paralyser les passions les plus violentes, cette influence constitue
un miracle dans l'ordre moral.
L'erreur commune, relativement aux miracles, c'est de les regarder comme des effets
sans causes, comme des contradictions de la nature, comme des fictions soudaines
de l'imagination divine ; et l'on ne songe pas qu'un seul miracle de cette sorte briserait
l'harmonie universelle et replongerait l'univers dans le chaos.
Le domaine de l'homme, c'est toute la nature corporelle et visible sur la terre, et,
s'il ne régit ni les grands astres ni les étoiles, il peut du moins en calculer
le mouvement, en mesurer la distance et identifier sa volonté à leur influence ; il peut
modifier l'atmosphère, agir jusqu'à un certain point sur les saisons, guérir et rendre
malades ses semblables, conserver la vie et donner la mort, et par la conservation
de la vie nous entendons même, comme nous l'avons dit, la résurrection en certains cas.
L'absolu en raison et en volonté est la plus grande puissance qu'il soit donné à l'homme
d'atteindre, et c'est au moyen de cette puissance qu'il opère ce que la multitude admire
sous le nom de miracles.
La plus parfaite pureté d'intention est indispensable au thaumaturge, puis il lui faut
un courant favorable et une confiance illimitée.
L'homme qui est parvenu à ne rien convoiter et à ne rien craindre est le maître de tout.
C'est la science et la confiance du médecin qui font la vertu des remèdes,
et il n'existe pas d'autre médecine efficace et réelle que la thaumaturgie.
Aussi, la thérapeutique occulte est-elle exclusive de toute médicamentation vulgaire.
Elle emploie surtout les paroles, les insufflations, et communique par la volonté une vertu
variée aux substances les plus simples : l'eau, l'huile, le vin, le camphre, le sel.
L'eau des homéopathes est véritablement une eau magnétisée et enchantée qui opère
par la foi. Les substances énergiques qu'on y ajoute en quantités pour ainsi dire
infinitésimales sont des consécrations et comme des signes de la volonté du médecin.
Ce qu'on appelle vulgairement le charlatanisme est un grand moyen de succès réel
en médecine, si ce charlatanisme est assez habile pour inspirer une grande confiance
et former un cercle de foi. En médecine surtout, c'est la foi qui sauve.
Il n'y a guère de village qui n'ait son faiseur ou sa faiseuse de médecine occulte,
et ces gens-là ont presque partout et toujours un succès incomparablement plus grand
que celui des médecins approuvés par la Faculté. Les remèdes qu'ils prescrivent sont souvent
ridicules ou bizarres, et n'en réussissent que mieux, parce qu'ils exigent et réalisent
plus de foi de la part des sujets et des opérateurs.
L'insufflation est une des plus importantes pratiques de la médecine occulte,
parce que c'est un signe parfait de la transmission de la vie. Inspirer en effet veut dire
souffler sur quelqu'un ou sur quelque chose, et nous savons déjà, par le dogme unique
d'Hermès, que la vertu des choses a créé les mots et qu'il existe une proportion exacte
entre les idées et les paroles, qui sont les formes premières et les réalisations verbales
des idées.
Suivant que le souffle est chaud ou froid, il est attractif ou répulsif. Le souffle chaud
correspond à l'électricité positive, et le souffle froid à l'électricité négative.
Aussi les animaux électriques et nerveux craignent-ils le souffle froid, comme on peut
en faire l'expérience en soufflant sur un chat dont les familiarités sont importunes.
En regardant fixement un lion ou un tigre et en leur soufflant à la face,
on les stupéfierait au point de les forcer à se retirer et à reculer devant nous.
L'insufflation chaude et prolongée rétablit la circulation du sang, guérit les douleurs
rhumatismales et goutteuses, rétablit l'équilibre dans les humeurs et dissipe la lassitude.
De la part d'une personne sympathique et bonne, c'est un calmant universel. L'insufflation
froide apaise les douleurs qui ont pour principes les congestions et les accumulations
fluidiques. Il faut donc alterner ces deux souffles, en observant la polarité
de l'organisme humain, et en agissant d'une manière opposée sur les pôles qu'on soumettra,
l'un après l'autre, à un magnétisme contraire. Ainsi, pour guérir un œil malade
par l'inflammation, il faudra insuffler chaudement et doucement l'œil sain, puis pratiquer
sur l'œil échauffé des insufflations froides à distance et en proportions exactes
avec les souffles chauds. Les passes magnétiques elles-mêmes agissent comme le souffle,
et sont un souffle réel par transpiration et rayonnement d'air intérieur, tout phosphorent
de lumière vitale ; les passes lentes sont un souffle chaud qui rassemble et exalte
les esprits ; les passes rapides sont un souffle froid qui disperse les forces
et neutralise les tendances à la congestion. Le souffle chaud doit se faire transversalement
ou de bas en haut ; le souffle froid a plus de force s'il est dirigé de haut en bas.
Nous ne respirons pas seulement par les narines et par la bouche : la porosité universelle
de notre corps est un véritable appareil respiratoire, insuffisant, sans doute,
mais très utile à la vie et à la santé. Les extrémités des doigts, auxquelles aboutissent
tous les nerfs, font rayonner la lumière astrale ou l'aspirent suivant notre volonté.
Les passes magnétiques sans contact sont un simple et léger souffle ; le contact ajoute
au souffle l'impression sympathique équilibrante. Le contact est bon et même nécessaire
pour prévenir les hallucinations dans le commencement du somnambulisme. C'est une réunion
de réalité physique qui avertit le cerveau et rappelle l'imagination qui s'égare ;
mais il ne doit pas être trop prolongé lorsqu'on veut magnétiser seulement. Si le contact
absolu et prolongé est utile dans certains cas, l'action qu'on doit exercer alors
sur le sujet se rapporterait plutôt à l'incubation ou au massage qu'au magnétisme
proprement dit.
Toute la puissance du médecin occulte est dans la conscience de sa volonté, et tout son art
consiste à produire la foi dans son malade. « Si vous pouvez croire, disait le Maître,
tout est possible à celui qui croit. » Il faut dominer son sujet par la physionomie,
par le ton, par le geste, lui inspirer de la confiance par quelques manières paternelles,
le dérider par quelque bon et joyeux discours.
La médecine occulte est essentiellement sympathique. Il faut qu'une affection réciproque
ou tout au moins un bon vouloir réel s'établisse entre le médecin et le malade. Les sirops
et les juleps n'ont guère de vertu par eux-mêmes ; ils sont ce que les fait l'opinion
commune à l'agent et au patient : aussi la médecine homéopathique les supprime-t-elle
sans de graves inconvénients. L'huile et le vin combinés, soit avec le sel,
soit avec le camphre, pourraient suffire au pansement de toutes les plaies
et à toutes les frictions extérieures ou applications calmantes.
La plupart des maladies prennent leur source dans des désordres moraux : il faut commencer
par guérir l'âme et le corps ensuite sera facilement guéri.