À la base de toutes les religions et de toutes les philosophies, on retrouve
une doctrine obscure, connue seulement de quelques-uns et dont l'origine, malgré
les travaux des chercheurs, échappe à toute analyse sérieuse. Cette doctrine est désignée
sous des noms différents suivant la religion qui en conserve les clefs ; mais une étude
même superficielle permet de la reconnaître partout la même quel que soit le nom
qui la décore. Ici le critique montre avec joie l'origine de la doctrine dans l'Apocalypse,
résumé de l'ésotérisme chrétien ; mais bientôt il s'arrête, car derrière la Vision
de saint Jean apparaît celle de Daniel et l'ésotérisme des deux religions, Juive
et Chrétienne, se montre identique dans la Kabbale. Cette doctrine secrète tire son origine
de la religion de Moïse, dit l'historien et, saluant son triomphe, il s'apprête à donner
ses conclusions, quand les quatre animaux de la vision du Juif se fondent en un seul,
et le Sphinx égyptien dresse silencieusement sa tête d'Homme au–dessus des disciples
de Moïse. Moïse était un prêtre égyptien, c'est donc en Égypte que se trouve la source
de l'ésotérisme symbolique, dans ces mystères où toute la philosophie grecque à la suite
de Platon et de Pythagore vint puiser ses enseignements. Mais les quatre personnifications
mystérieuses se séparent de nouveau et Adda Nari la déesse indoue se dresse et nous montre
la tête d'ange équilibrant la lutte entre la Bête féroce et le Taureau paisible
avant la naissance de l'Égypte et de ses mystères sacrés.
Poursuivez vos recherches, et sans cesse cette origine mystérieuse fuira devant vous :
vous traverserez toutes ces civilisations antiques si péniblement reconstituées, et quand
enfin, las de la course, vous reposerez votre esprit en pleine race rouge, sur la première
civilisation qu'a produite le premier continent, vous entendrez le prophète inspiré chanter
les habitants divins de l'orbe supérieur qui révélèrent à ceux-ci le secret symbolique
du sanctuaire.
Laissons là ce Protée insaisissable qui s'appelle l'origine de l'Ésotérisme, et considérons
la Kabbale dans laquelle, avec un peu de travail, nous pourrons retrouver le fonds commun,
la Religion Unique dont tous les cultes sont des émanations. Pour savoir ce qu'est
la Kabbale, écoutons un homme profondément instruit, aussi savant que modeste
et qui ne parle jamais qu'une fois sûr de ce qu'il avance : Fabre d'Olivet.
Il paraît, au dire des plus fameux rabbins, que Moïse lui-même, prévoyant le sort
que son livre devait subir et les fausses interprétations qu'on devait lui donner
par la suite des temps, eut recours à une loi orale, qu'il donna de vive voix à des hommes
sûrs dont il avait éprouvé la fidélité, et qu'il chargea de transmettre dans le secret
du sanctuaire à d'autres hommes qui, la transmettant à leur tour d'âge en âge, la fissent
ainsi parvenir à la postérité la plus reculée. Cette loi orale que les Juifs modernes
se flattent encore de posséder se nomme Kabbale, d'un mot hébreu qui signifie ce qui est
reçu, ce qui vient d'ailleurs, ce qui se passe de main en main.
Deux livres peuvent être considérés comme la base des études kabbalistiques : le Zohar
et le Sepher Jesirah. Aucun d'eux n'a été, que je sache, complètement traduit en français ;
je vais m'efforcer de combler une partie de cette lacune en traduisant le Sepher Jesirah
le mieux qu'il me sera possible. Je prie le lecteur de pardonner d'avance les erreurs
qui pourraient s'être glissées dans mon travail.