symboles de la théorie alchimique – la matière,
les trois principes, les quatre éléments, les sept métaux
et leurs symboles
On appelle pantacles des figures symboliques, composées des éléments les plus variés
et qui résument en elles seules toute une théorie. Un pantacle fait comprendre d'un seul
coup d'œil et grave plus facilement dans la mémoire ce qu'il serait difficile de retenir
autrement. C'est une formule brève et concise que l'on peut développer à volonté.
Les pantacles ne sont pas rares dans les traités d'Alchimie. Les œuvres de Basile Valentin :
Les Douze Clefs, et l'Azoth des Philosophes, principalement, en contiennent un grand nombre,
de même l'Amphitheatrum sapientiæ æternæ de Khunrath. Les Elementa chimiæ de Barchusen,
sont suivis d'un traité de la Pierre philosophale où la suite des opérations est exposée
en soixante-dix-huit pantacles. Les quatre grandes figures du Janitor Pansophus résument
toute la philosophie hermétique. Nous aurons l'occasion d'expliquer plusieurs
de ces figures et nous ne le ferons que brièvement, leur développement complet demandant
parfois plusieurs pages.
Nous allons examiner en ce chapitre les symboles ou pantacles par lesquels les Alchimistes
résumaient leurs théories.
Les Grecs figuraient la matière première par un serpent qui se mord la queue.
C'est le serpent Ouroboros des gnostiques. Au centre du cercle ainsi formé, ils écrivaient
la formule un le Tout. Cette figure se trouve dans la Chrysopée de Cléopâtre — Berthelot,
Origines de l'Alchimie. Dans la suite l'unité de la matière fur toujours ainsi figurée :
un dragon ou un serpent se mordant la queue. Quelquefois on se contentait de formuler
cette loi par un simple cercle.
Les trois principes avaient des signes spéciaux sauf le Mercure dont le signe désignait
aussi l'argent vif ordinaire. Le Soufre des Philosophes était figuré par un triangle
souscrit de trois flèches ou d'une croix, le Sel par un cercle traversé par une ligne ;
le Mercure par un cercle surmonté du croissant lunaire et souscrit d'une croix.
Les trois principes sont symbolisés dans les figures de Lambsprinck par trois personnages :
le Père, le Fils et le Saint-Esprit. On les représentait aussi par trois serpents,
ou par un serpent à trois têtes pour indiquer qu'ils n'avaient qu'une seule racine :
la Matière. On les comparait volontiers à la sainte Trinité, trois personnes
en un seul Dieu, trois principes en une seule matière. Nous avons déjà vu que les principes
étaient la plupart du temps réduits à deux : Soufre et Mercure, on les figurait alors
par deux serpents formant cercle, l'un ailé pour indiquer le Mercure, femelle et volatil,
l'autre sans ailes pour le Soufre, mâle et fixe.
Les quatre éléments avaient pour signe, l'Air un triangle à sommet supérieur, traversé
par une ligne parallèle à sa base, l'Eau prise dans le sens d'élément : un triangle
à sommet inférieur, le Feu : un triangle à sommet supérieur, la Terre : un triangle
à sommet inférieur traversé par une ligne parallèle à la base. Le pantacle résumant
les signes des quatre éléments est l'étoile à six branches.
On trouve ces signes correspondant aux quatre éléments dans une figure du Viatorum
spagyricum. Les éléments étaient encore symbolisés : l'Air par un oiseau ; l'Eau
par un navire, un poisson ou une vaste étendue d'eau ; le Feu par une salamandre, un dragon
vomissant des flammes, un flambeau allumé ; la Terre par une montagne, un lion roi
des animaux terrestres, ou un homme. C'est ainsi qu'on les trouve représentés en tête
du Gloria mundi imprimé dans le Museum hermeticum. L'arbre qui occupe le centre
de la figure représente l'or, l'argent et les cinq autres métaux. Quant aux sept figures
plus petites enfermées dans des cercles, elles symbolisent diverses opérations
du Grand-Œuvre — voir chapitres VI et VII. Enfin le carré était le pantacle synthétique
des quatre éléments.
Nous avons déjà parlé des signes des sept métaux, disons seulement à propos du signe
du mercure que les uns y ont vu la représentation du caducée, d'autres un dieu égyptien
à tête d'ibis surmontée du disque solaire et de cornes, symboles de fertilité.
Les Alchimistes représentent souvent les métaux sous l'aspect de dieux de l'Olympe, Saturne
armé de sa faux c'est le plomb, Mars, le casque en tête et la lance au poing c'est le fer ;
Mercure, avec son caducée, ses ailes aux talons et à la tête, c'est l'argent vif, etc.
C'est ce que représente la figure tirée du Viatorium spagyricum. Une gravure sur bois
de la Pretiosa margarita nous montre les métaux sous forme de six jeunes gens à genoux
aux pieds d'un roi sur son trône, qui est le septième métal, le plus parfait, l'Or.
Le texte nous apprend qu'ils demandent au roi un royaume pour chacun d'eux. Après divers
épisodes, symbolisant le Grand-Œuvre, le roi leur accorde ce qu'ils demandent
et une dernière figure les représente couronnés, rois à leur tour, c'est-à-dire changés
en Or ; mais ceci a plutôt trait au symbolisme du Grand-Œuvre que nous traitons complètement
dans les chapitres suivants.