théorie générale du Grand-Œuvre – la matière du Grand-Œuvre
Soufre et Mercure – leurs symboles – les dragons de Flamel
liste des synonymes hermétiques du Soufre et du Mercure
Le Grand-Œuvre ou préparation de la Pierre philosophale, était comme nous l'avons
déjà dit, le but principal des alchimistes, leurs traités ne roulent généralement que
sur ce seul sujet, aussi dans les chapitres qui vont suivre, nous parlerons exclusivement
du Grand-Œuvre. Mais avant de donner la clef des symboles hermétiques nous allons exposer
en peu de mots la marche que suivaient les Alchimistes pour la préparation de la Pierre
philosophale, ensuite nous reprendrons chaque partie séparément.
La matière du Grand-Œuvre était l'Or et l'Argent, unis au Mercure et préparés d'une façon
spéciale. L'Or était pris comme riche en Soufre, l'Argent comme contenant un Mercure
très pur, quant au vif-argent il représentait le Sel, moyen terme d'union. Ces trois corps
préparés selon certains procédés étaient enfermés dans un matras de verre, l'œuf
philosophique, fermé avec soin. Le tout était chauffé dans un fourneau nommé Athanor.
Aussitôt le feu allumé, le Grand-Œuvre proprement dit commençait ; différents phénomènes
se produisaient : cristallisations, dégagement de vapeurs qui ensuite se condensaient, etc.
cela constituait les opérations. Au cours desdites opérations la Matière prenait
diverses colorations, que l'on nommait les Couleurs de l'Œuvre. Enfin la couleur rouge
annonçait la fin de l'Œuvre. On prenait la matière, on lui communiquait une plus grande
puissance de transmutation à l'aide d'une opération nommée fermentation et l'on avait enfin
la Pierre philosophale.
Nous allons examiner la composition théorique de la Matière du Grand-Œuvre. D'après
la théorie alchimique, il était rationnel que la Matière de la Pierre des Philosophes fût
composée de Soufre, de Mercure et de Sel. Ces trois principes pris à l'état de pureté
absolue, unis et cuits selon les règles de l'Art devaient composer un nouveau corps,
qui sans être un métal par lui-même pouvait communiquer la perfection métallique
au vif-argent, au plomb, à l'étain.
Les Alchimistes en parlant de la Matière de la Pierre l'envisageaient tantôt comme une,
en se rapportant à sa composition invariable, tantôt comme triple, en se rapportant
aux principes qui la formaient, tantôt ils l'appelaient quadruple, remplaçant les principes
par les éléments. C'est ainsi que notre Magistère est tiré d'un, se fait avec un,
et il se compose de quatre et trois sont en un — Arnauld de Villeneuve, le Chemin du chemin.
Un c'est la Matière de la Pierre considérée dans son ensemble, c'est aussi la Matière
unique universelle. Quatre : les quatre éléments ; trois : Soufre, Mercure et Sel.
Les quatre éléments sont réductibles aux trois principes, ce qui ressort d'un autre passage
d'Arnauld de Villeneuve : Il existe une pierre composée de quatre natures : le feu, l'air,
l'eau et la terre. Le Mercure est l'élément humide de la pierre, l'autre élément est
la Magnésie, qui ne se rencontre pas vulgairement — Lettre au roi de Naples. Le Mercure
froid et humide représente l'eau et l'air, la Magnésie ou Soufre, représente le feu
et la terre, le chaud et le sec. Ceci explique ce que disaient énigmatiquement
les Philosophes que la Matière de la Pierre a trois angles en sa substance — les trois
principes — quatre angles en sa vertu — les éléments — deux angles en sa matière — fixe
et volatil — un angle en sa racine — la matière universelle. Cabalistiquement le nombre
de la matière est 10, car en traduisant en chiffres ce paragraphe on trouve
1 + 2 + 3 + 4 = 10.
Ils disaient encore que la Matière est végétale, animale et minérale. Végétale
parce qu'elle a un esprit, minérale parce qu'elle a un corps et animale parce qu'elle a
une âme ; nous retrouvons encore ici la trilogie : Soufre, Mercure, Sel : Ce Sel, ce Soufre,
ce Mercure, qui sont le corps, l'esprit et l'âme, sortent tous trois du chaos
où ils étaient en confusion ou plutôt de la mer des Philosophes — Psautier d'Hermophile.
Cette mer des Philosophes, ce chaos, désignent l'unité de la Matière. Ce langage symbolique
a ruiné bien des souffleurs, au lieu de travailler sur les métaux, prenant les paroles
de Philosophes à la lettre, ils passaient leur vie à distiller des plantes, des urines,
des excréments, des cheveux, du lait, espérant trouver enfin la Matière de la Pierre
des sages.
Un triangle ou un carré symbolisaient la Matière de la Pierre, selon qu'on l'envisageaient
comme formée des principes ou des éléments. Parfois ce triangle est enfermé dans un carré,
tel est le symbole qui se trouve en tête de ce volume, il a été tiré du traité intitulé :
Le Grand-Œuvre dévoilé en faveur des enfants de lumière. La matière présentait donc la même
composition que les métaux : Examine donc avec soin de quoi est formé le métal. Je te dis
en vérité qu'en cela consiste tout l'œuvre des sages — Texte d'Alchymie.
Mais ainsi que nous l'avons vu un grand nombre de philosophes ont passé sous silence le Sel
comme troisième principe des métaux et ils ne se sont guère occupés que du Soufre
et du Mercure. Ils donnaient au mélange de Soufre et de Mercure, préparés pour l'Œuvre,
le nom de Rebis. Philippe Rouillac donne à ce mot l'étymologie suivante : Voilà pourquoi
les Philosophes ont appelé la matière de leur bénite Pierre : Rebis, qui est un mot latin
formé de Res et de Bis, qui est autant à dire une chose deux, nous voulant induire
à chercher deux choses, qui ne sont pas deux, mais une seule chose, qu'ils ont nommée
Soufre et Mercure — Ph. Rouillac, cordelier, Abrégé du Grand-Œuvre.
Le Soufre et le Mercure, principes mâle et femelle, étaient symbolisés par un homme
et une femme, ordinairement un roi et une reine. C'est ainsi qu'ils sont représentés
dans le Grand Rosaire imprimé au tome II, page 243 de l'Artis Auriferæ. C'est encore sous
le symbole du roi et de la reine qu'ils sont représentés au premier symbole des douze clefs
de Basile Balentin, page 393 du Museum hermeticum.
L'union du roi et de la reine constituait le mariage philosophique. Sois averti, mon fils,
que notre œuvre est un mariage philosophique qui doit être composé de mâle et de femelle
— Ph. Rouillac, Abrégé du Grand-Œuvre. C'est à proprement parler après ce mariage ou union,
que la matière prenait le nom de Rebis ; on symbolisait Rebis par un corps humain surmonté
de deux têtes, une d'homme, une de femme. Cet hermaphrodite chimique est commun
dans les traités hermétiques. On le trouve notamment en tête du De Alchimia opuscula
complura, puis dans le Viatorium spagyricum, dans la traduction allemande du Crede Mihi
de Northon, etc.
Dans les traités hermétiques manuscrits le roi est vêtu de rouge, et la reine de blanc,
car le Soufre est rouge et le Mercure blanc. C'est là notre Mercure double, cette matière
blanche en dehors, rouge en dedans — Texte d'Alchymie.
L'on figurait aussi le Soufre et le Mercure par les signes de l'or et de l'argent,
cela indiquait que le Soufre doit être tiré de l'or et le Mercure de l'argent. On trouve
les signes de l'or et de l'argent correspondant à ceux du Soufre et du Mercure
dans un des pantacles du Liber singularis de Alchimia, de Barchusen. Ce point sera
développé dans le chapitre suivant.
Le Soufre étant fixe en son essence et le Mercure, volatil, les alchimistes représentaient
le Soufre par le lion, roi des animaux terrestres et le Mercure par l'aigle, roi
des oiseaux : Le Mercure des Philosophes est la partie volatile de leur matière : le lion
est la partie fixe, l'aigle la partie volatile. Les Philosophes ne parlent que des combats
de ces deux animaux — Pernety, Fables égyptiennes. Par suite un aigle dévorant un lion
signifiera la volatilisation du fixe ; inversement un lion terrassant un aigle signifiera
la fixation du Mercure par le Soufre. Disons en passant que le mot aigle a dans Philalèthe
une signification différente de celle que nous venons de donner, c'est pour lui le symbole
de la sublimation en tant qu'opération, ainsi sept aigles, signifie, sept sublimations
— voir : Entrée ouverte au palais fermé du roi.
On employait encore dans le même sens le symbole de deux serpents dont l'un est ailé
et l'autre sans ailes, le serpent ailé c'est le principe volatil, le Mercure ; le principe
fixe, Soufre, est représenté par le serpent sans ailes. Le Secret animal est représenté
par un cercle fait de deux serpents, l'un ailé, l'autre sans ailes, qui signifient les deux
esprits, fixe et volatil, unis ensemble — Lebreton, Clefs de la philosophie spagyrique.
Les deux serpents sont tantôt unis, comme dans le caducée de Mercure, tantôt séparés.
Dans les figures d'Abraham le Juif se trouve représenté un serpent cloué sur une croix,
ce qui alchimiquement signifie que le volatil doit être fixé.
Les dragons ont absolument la même signification que les serpents. Le dragon sans ailes
que l'on trouve dans les figures d'Abraham le Juif et de Nicolas Flamel, c'est le Soufre
mâle et fixe, le dragon ailé, c'est le Mercure, volatil et femelle. Considérez ces deux
dragons, car ce sont les vrais principes de la philosophie des sages... Celui qui est
au-dessous sans ailes, c'est le fixe ou le mâle, celui qui est au-dessus, c'est le volatil
ou bien la femelle noire et obscure qui va prendre la domination pendant plusieurs mois.
Le premier est appelé Soufre ou bien calidité et siccité et le second Argent-Vif,
ou frigidité et humidité. Ce sont le Soleil et la Lune de source mercurielle et origine
sulfureuse — Le livre de Nicolas Flamel. Les Dragons de Flamel étaient célèbres parmi
les alchimistes et souvent cités : Flamel veut que ce soient deux dragons, dont un a
des ailes et l'autre n'en a point. Il les explique lui-même, l'un est mâle, l'autre femelle,
l'un est le fixe, l'autre le volatil, l'un le Soufre, l'autre le Mercure, qui ne sont pas
le Soufre et le Mercure du vulgaire, mais ceux des Philosophes — Filet d'Ariadne.
Un seul dragon peut représenter les trois principes mais alors il a trois têtes : La toison
d'or est gardée par un dragon à trois têtes, l'une c'est l'eau, la seconde c'est la terre,
la troisième c'est l'air. Ces trois têtes doivent se réunir en une seule qui sera
assez forte et assez puissante pour dévorer tous les autres dragons — D'Espagnet, Arcanes
de la philosophie d'Hermès.
L'eau c'est le Mercure, la terre, c'est le Soufre et l'air c'est le Sel.
Trois serpents dans un calice, indiquent les trois corps composant la matière de la Pierre,
placés dans l'œuf philosophique, ce symbole accompagne généralement l'Hermaphrodite
chimique.
Pourquoi les alchimistes figuraient-ils le Soufre et le Mercure par des dragons ? Flamel
va nous répondre : La cause que je t'ai peint ces deux spermes en forme de dragons,
est parce que leur puanteur est très grande comme celle des dragons — Le livre de Flamel.
Nous avons parlé des principaux symboles du Soufre et de Mercure, il en existe une infinité
d'autres que l'on comprendra facilement si l'on se rappelle cette règle : Le Soufre étant
fixe et mâle, le Mercure volatil et femelle, on les représentera soit par des choses
naturellement contraires — fixe et volatil — soit par des animaux de sexe différent — mâle
et femelle. Dans les figures de Lambsprinck, on les trouve sous forme de deux poissons,
puis d'un lion et d'une lionne et d'un cerf et d'une licorne, enfin de deux aigles.
Le symbole le plus employé est celui de deux chiens, le Soufre était appelé chien
de Corascène et le Mercure, chienne d'Arménie : Mon fils, prends le chien mâle
de la montagne de Corascène et la chienne d'Arménie, joint-les ensemble et ils engendreront
— Calid, Secrets d'Alquimie.
Le Soufre et le Mercure avaient un très grand nombre de synonymes, dont il est
indispensable de connaître les principaux.
Synonymes de Soufre : gomme, huile, soleil, fixité, pierre rouge, caillé, safran, pavot,
laiton rouge, sec, teinture, feu, esprit, agent, sang, homme rouge, terre vive, Gabricius,
roi, époux, dragon sans aile, serpent mâle, lion, chien de Corascène, airain brûlé,
or philosophique, etc.
Synonymes de Mercure : principe femelle, blanc, Beïa, lune, argent, or blanc, or cru, azoth,
eau, lait, couverture blanche, manne blanche, urine blanche, froid, humidité, corps,
matrice, femme blanche, habit changeant, volatil, patient, lait virginal, plomb blanc,
verre, fleur blanche, fleur de sel, écorce, voile, venin, alun, vitriol, air, vent,
arc-en-ciel, nuée, etc.