la Pierre philosophale – essai de la Pierre – ses propriétés
transmutation des métaux – l'élixir de longue vie – ses effets sur l'âme
L'œuvre étant parvenu au rouge, la Matière ayant été fermentée, on avait la Pierre
philosophale ou élixir rouge ou grand magistère. Nous savons, en effet, que l'on appelait
élixir blanc, petit magistère, la Matière parvenue au blanc, mais ce petit magistère
ne transmuait les métaux qu'en argent, le grand magistère transmuait en or et possédait
en outre bien d'autres propriétés : nous ne parlerons que de ce dernier.
La Pierre philosophale se présentait sous forme d'une poudre rouge éclatant, assez lourde.
Cependant ces caractéristiques physiques ne suffisaient pas aux alchimistes ;
pour s'assurer de la qualité, ils la projetaient sur une lame de métal chauffée au rouge,
la Pierre devait fondre sans répandre de fumée : Prends une lame d'airain propre, frotte-la
et polis-la, place dessus un peu de ta Matière et place-la sur des charbons incandescents.
Si la Matière se fond et s'étend sur la lame chaude, ta médecine est parfaite ; rends alors
grâces à Dieu — Isaac le Hollandais, Opera mineralia. Grever dit à peu près la même chose :
Prends de ta Matière rouge un grain, place-la sur une lame de fer ou de cuivre et chauffe
fortement jusqu'à ce que la lame blanchisse. Si alors il ne s'élève aucune fumée,
et que retirée du feu la matière n'ait rien perdu ni en poids ni en volume, elle est
de bonne qualité — Secretum nobilissimum. Calid ajoute quelques détails : Quand la Pierre
est parachevée on en met une parcelle sur un fer rouge ou sur une plaque d'airain
ou d'argent fortement chauffée, si alors elle coule comme de la cire, sans fumer,
en adhérant fortement au métal, elle est parfaite — Livre des trois paroles.
L'heureux alchimiste qui possédait la Pierre philosophale prenait le nom d'adepte,
il pouvait dès lors user à son profit des propriétés merveilleuses de la Pierre.
Denis Zachaire dans son Opuscule de la philosophie naturelle des métaux et Philalèthe
dans l'Entrée ouverte au palais fermé du roi, lui reconnaissent trois propriétés :
1° Transmuer les métaux en or et en argent. 2° Produire des pierres précieuses.
3° Conserver la santé.
Les alchimistes grecs ne reconnaissaient à l'élixir rouge que la propriété de transmuer
les métaux, ce ne fut que plus tard qu'on lui assigna une foule d'autres propriétés.
Les alchimistes ne concordent pas sur le résultat des transmutations à l'aide de la Pierre.
Selon les uns, on n'obtenait qu'un petit lingot, une partie du métal seulement était
transformée en or, selon les autres tout le métal était changé en une masse d'or
du même poids. D'une once de cette poudre de projection, blanche ou rouge, tu feras
des Soleils en nombre infini et tu transmueras en Lune toute espèce de métal sorti
d'une mine — R. Lulle, la Clavicule — et tu projetteras cette matière sur mille parties
de mercure vulgaire et il sera transmué en or fin — même ouvrage. Roger Bacon affirme
la même chose à la fin de son Miroir d'Alchimie. Mais la Pierre pouvait avoir une vertu
plus ou moins grande selon qu'elle avait été fermentée plus ou moins de fois : En sorte
qu'après une opération une partie de l'Élixir change cent parties de n'importe quel corps
en Lune, après deux opérations : mille, après trois : dix mille, après quatre : cent mille,
après cinq : un million, après six opérations des milliers de mille et ainsi de suite
à l'infini — Albert le Grand, le Composé des composés. Albert le Grand a été pourtant
dépassé, un alchimiste a prétendu que l'or produit par l'Art hermétique était à son tour
doué de la propriété de transmuer les métaux en or !
La Pierre guérissait non seulement les métaux vils de leur lèpre, c'est-à-dire
de leur infériorité, mais par analogie elle guérissait l'homme de toute espèce de maladies
et d'infirmités ; elle prolongeait même la vie, son infusion dans l'alcool constituait
l'élixir de longue vie.
Artephius prétend par son usage d'être arrivé à l'âge de mile ans passés. Jean de Lasnioro
insinue même qu'elle ressuscite les morts : Je vous le dis en vérité si un homme
à demi mort pouvait contempler la beauté et la bonté de notre Pierre, toute espèce
d'infirmité s'écarterait de lui ; fût-il même à l'agonie, il ressusciterait —
Jean de Lasnioro, Tractatus aureus de lapide philosophico. Quelques Philosophes ont donné
des détails sur l'action thérapeutique de la Pierre philosophale. Selon Arnauld
de Villeneuve : Elle conserve la santé, elle accroît le courage ; d'un vieillard elle fait
un jeune homme. Elle chasse toute âcreté, elle écarte le poison du cœur, elle humecte
les artères, fortifie les poumons, purifie le sang et guérit les blessures. Si la maladie
date d'un mois, elle la guérit en un jour, si c'est d'un an, elle guérit en douze jours,
et si elle date de plusieurs années, en un mois on est guéri — le Rosaire. L'auteur anonyme
de l'Aurora consurgens lui attribue des propriétés encore plus spéciales : Elle remet
le vin gâté, aigre, ... elle détruit les poils follets ; elle fait disparaître complètement
les rides et les taches de rousseur, elle rend aux femmes un visage juvénile ; elle aide
à la parturition ; sous forme d'emplâtre elle expulse le fœtus mort ; elle fait uriner ;
elle excite et donne des forces pour l'acte de Vénus ; elle dissipe l'ivresse ; elle rend
la mémoire... — Aurora consurgens.
Khunrath admet son influence non seulement sur le corps, mais encore sur l'esprit
et sur l'âme. Si l'on administre la Pierre à un malade, elle expulse toutes les maladies
tant de l'âme que du corps. Elle chasse la lèpre, l'hydropisie, l'épilepsie, l'apoplexie,
la surdité, la cécité, la folie, l'orgueil et l'ignorance — H. Khunrath : Confessio de chao
physico chimicorum. De même Avec l'aide de Dieu tout-puissant, cette Pierre vous délivrera
et vous garantira des maladies, si grandes qu'elles soient ; elle vous préservera de toutes
tristesses et afflictions et de tout ce qui pourrait vous nuire au corps et à l'esprit
— Hermès, Les Sept Chapitres.
Non seulement elle guérissait le moral attaqué, mais encore elle augmentait l'intelligence
et donnait même le pouvoir de commander à la nature et de voir Dieu dans sa gloire.
Il me dit encore que si pendant neuf jours consécutifs j'usais de neuf gouttes ou de neufs
grains de la Pierre, je serais doué d'une intelligence angélique et qu'il me semblerait
être dans le Paradis — Cassette du petit paysan. Sperber va plus loin : Enfin elle purifie
et illumine tellement le corps et l'âme que celui qui la possède voit comme en un miroir
tous les mouvements célestes des constellations et les influences des astres, même
sans regarder le firmament, les fenêtres fermées, dans sa chambre — Sperber, Isagoge
de materia lapidis. En un mot l'adepte peut contempler le monde invisible fermé aux autres
hommes.
Nous avons vu que la Pierre philosophale produisait des pierres précieuses,
qu'elle réunissait plusieurs petites perles en une seule, enfin dernière merveille :
le Clangor Buccinœ nous apprend qu'elle rend le verre malléable !
Nous voici arrivé à la fin de notre volume ; nous pouvons affirmer que la personne
qui l'aura lu avec attention et qui aura retenu les principaux traits, est à même
de comprendre n'importe quel traité d'alchimie, si allégorique qu'il soit. Ci-joint
un pantacle de B. Valentin dont nous laissons au lecteur à trouver la signification.
